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Tout le bleu du ciel

Je retiens ma main comme on retient son cœur après une honte. Que souhaiter à un monde qui crève ? A ma patrie qui râle tous les cauchemars de la terre ? A toi, Anna, qui de si loin entend chaque son de mon âme ? Que te dire sinon les larmes de quelqu’un qui voit mourir les siens, que te dire sinon qu’Apredye et tous ses démons ont ôté le rêve à mon pays. Et qu’est-ce qu’une terre où l’on ne peut plus rêver ?

Avec l’année qui s’en va  je te souhaite, comme à tout être humain  de te faire des souvenirs, des sauts aveugles vers ton cœur. De penser à tous les anonymes, les sans-part. Ceux qui n’ont ni nouvel an ni aubes nouvelles. Penser à eux parce qu’un souhait doit dire le meilleur. Et le meilleur du monde se trouve là, chez ceux qui, sans rien, aiment, sourient à la vie, partagent. Pour faire un souhait à l’humain, je parle à toi Anna. Bête est trop souvent celui qui aime ! Je parle à toi pour parler à tous ceux qui luttent, qui s’aiment, se cherchent et cherchent l’autre. Tous ceux qui refusent l’horreur et la stupidité du monde car tout être humain qui souffre est un frère et une sœur d’espérance.

A toi qui es loin, je te souhaite comme à tout être humain des retards d’amour, le bleu du rire des enfants. Toi qui est loin et dont le cœur est une ode à l’Humain, je te souhaite mille timidités, des hésitations, des naïvetés, des joies pures et beaucoup d’amitiés. Je te souhaite bien sûr des silences, des récoltes de pluie, pluie de rêves, de fééries, de bonté et d’utopie. Le monde en a tant besoin.

Anna ! par un geste de ta main je rappelle au monde la force de l’amour. 

A tous les amoureux de la terre, de la vie et des hommes, je souhaite le plus fort de l’amour : l’Autre. L’autre avec ses différences et ses besoins de fleurs. Parce que celui qui aime porte son cœur dans ses yeux, dans ses mains, dans sa bouche et partout. Tous ceux et toutes celles qui par amour ont été écrasés sous les bottes de tous les Satan du monde méritent ta profonde pensée. Un humain qui aime n’a pas de nationalité, il est de tous les lieux et de tous les combats pour la vie.

Oh Anna! du lieu où je t’écris, l’espoir est une mer sale. Mon peuple a perdu le bleu de son chant. Pour l’avoir habité et aimé tu connais ce peuple, sa passion pour la vie, son refus d’habiter l’horreur. Être Haïtien c’est sans doute cela, le refus terrible de l’horreur, la puissante passion de la vie et cette quête interminable de beauté. Il faut, hélas, voir la bêtise des hommes d’ici. Des bandits se font rappeurs, révolutionnaire de malheur et des journalistes sans gêne et sans poésie les nomment victimes. Mais toi comme moi savons que les victimes sont ceux qui ne peuvent rien sous le poids du joug qui les étouffe, tous ceux que la faim pousse à être des chiens dans tous les coins du monde, tous ceux que les petits maîtres poussent à traverser Martissant sous peine d’être sans pain, nos frères et sœurs de la Palestine impuissants face aux bombes, tous ceux que tous les dieux de la terre avec leur fausses cantiques sur les droits de l’homme laissent crever dans la Méditerranée et nos frères fouettés par le dieu de papier à El Paso. Que leur souhaiter à eux ? Sinon la force de l’espoir, l’espoir en l’humain et en la lutte. L’être humain qui par son cœur peut bâtir des cieux d’amour, l’être humain qui par sa main peut briser tous les liens de toutes les tyrannies de la terre et qui de sa bouche peut hurler tous les chants de paix et de fraternité. Et la lutte est pour toi, pour moi, pour eux, pour tous les humains détruits par la peur, l’indifférence, la haine, la misère et la bêtise d’un monde qui se suicide à coup de milliards.

A moi, oh! Anna que j’aime plus que tout, ne souhaite rien sinon la rage de la résistance, la haine des bourreaux, des Apredye et de tous les maîtres du monde. Souhaite-moi de haïr celui qui enlève le pain à l’enfant, celui qui sait retenir sa main quand un homme au fond d’un trou lui tend la sienne. La haine tue le regard mais souhaite-la-moi puisque sous leur joug la terre mène une course folle vers la mort. Souhaite-moi autant que tu le peux, de garder le sens des rencontres, des voyages, des aller-simple vers la beauté. Ici, nous avons tant besoin de voyages à vif vers elle.

Mon cœur triste a blasé mon visage. Et puisque tout ramène à l’amour. Je te souhaite comme à tout humain d’aimer, d’être innocent, fragile, simple. De mentir, d’échouer, parce qu’être un humain, c’est visiter ses ombres et les vaincre. 

Bonne année à toi et à tous ceux que j’aime. 

Bonne année à tous les humains qui d’un coin de la terre tendent leur bras à l’amour.

Bonne année aux amitiés qui ont survécu à l’égoïsme et aux malheurs de la vie.

Bonne année et force à toi qui attend un cœur, un sourire, une amitié, un amour, une rencontre.

Bonne année et force à toi qui a des blessures et des défaites qui te saignent encore.

Bonne année avec la promesse que demain la terre sera à tous les êtres humains et que nos différences seront le trait-d’union entre nous tous et toutes. 

Bonne année pour le triomphe de la vie, de l’espoir, du bonheur, de la liberté qui est le plus grand destin de l’humanité. 

A vous tous et toutes frères et sœurs humains, tout le bleu du ciel. Mais maudite soit cette année si elle fait encore triompher tous les monstres de la terre !

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Luis Bernard Henry,

Port-au-Prince, le 31 décembre 2021

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