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« En tant qu’écrivaine, je suis toujours dans une intentionnalité féministe » : Mélissa Beralus

Mélissa Beralus est l’une des nouvelles voix féminines de la littérature haïtienne. Elle fait partie d’une génération d’écrivaines qui questionne l’histoire littéraire haïtienne pour y saisir la place consacrée aux femmes. Auteure de « Alarive lavi », un récit poétique époustouflant questionnant les rapports conjugaux. Cet entretien est réalisé dans le cadre du mois « Femmes et Littérature haïtienne » où les écrivaines haïtiennes sont mises à l’honneur.

1- Le Temps Littéraire : Mélissa Beralus est poétesse, écrivaine, auteure de « Alarive lavi » qui est, si l’idée du genre s’impose, un long poème narratif. Quelle est la place de la poésie dans ta vie et dans ta création ?

Mélissa Beralus : La poésie comme genre éditorial n’a pas une grande place dans ma vie puisque je ne suis ni éditeur, ni libraire. Je ne suis pas dans un travail marchant avec une chose qu’on appellerait la poésie. Cependant la poésie comme expression et comme forme de création a une place toute particulière dans ma vie. C’est en effet pour moi la forme la plus aboutie dans toutes propositions littéraires. Des genres comme la nouvelle, ou même le roman, sont relativement jeunes alors que la poésie est, comme qui dirait, aussi vieille que le monde et ne semble pas prête d’épuiser sa proposition esthétique.

En tant qu’écrivaine, je suis aussi toujours dans une intentionnalité féministe. Le social, les rapports de genre, de couleurs, tout ça est pour moi un élément essentiel dans le travail d’un artiste en général, d’un écrivain en particulier.

2-LTL: Cet entretien se réalise dans le cadre du mois « Femmes et Littérature haïtienne », période dans laquelle les œuvres des auteures haïtiennes sont mises en avant. Des femmes qui ont marqué le panthéon littéraire haïtien ou qui sont en train de jouer un rôle important. Décrivez-vous comme une écrivaine féministe? Quel impact ont les idéologies féministes sur ton travail d’écrivain ?

M-B: Oui je suis féministe. En tant qu’écrivaine, je suis aussi toujours dans une intentionnalité féministe. Le social, les rapports de genre, de couleurs, tout ça est pour moi un élément essentiel dans le travail d’un artiste en général, d’un écrivain en particulier.
Mon travail personnel et plus généralement ma vie sont beaucoup marqués des idéologies féministes que je partage.

3-LTL : Avez-vous personnellement une écrivaine de la littérature haïtienne qui a eu de fortes influences sur ton travail?

M-B: Toutes. Il est tellement difficile d’écrire dans ce pays, et encore plus quand on est une femme. Chaque histoire d’autrice haïtienne est une histoire particulière qui m’inspire, qui me marque. A beaucoup de moments de ma vie, je suis l’une ou l’autre de ces femmes.

Les femmes écrivaines en Haïti n’ont pas eu du mal à s’imposer, elles ont été effacées de l’histoire littéraire de ce pays. Il faut dire les choses comme elles sont. Virginie Sampeur nait en 1839, aucune femme depuis 1804 sur toute l’étendue de la jeune république n’avait pensé à écrire quelque chose avant ça?

4-Les femmes ont eu du mal à s’imposer dans l’univers littéraire haïtien, nous pensons par exemple à Virginie Sampeur qui est connue beaucoup plus pour avoir été épouse d’un poète que pour sa création. Penses-tu qu’il est encore facile pour une femme d’évoluer dans le milieu littéraire haïtien actuellement ?

M-B : Les femmes écrivaines en Haïti n’ont pas eu du mal à s’imposer, elles ont été effacées de l’histoire littéraire de ce pays. Il faut dire les choses comme elles sont. Virginie Sampeur nait en 1839, aucune femme depuis 1804 sur toute l’étendue de la jeune république n’avait pensé à écrire quelque chose avant ça? Et là encore, l’expression « première femme écrivain d’Haiti, n’est-ce pas un peu pompeux? Inversons les rôles et trouvons parmi la pléiade des écrivains post-indépendance le premier écrivain haïtien (homme je veux dire). Les lieux de légitimation de la production littéraire en Haïti sont des lieux dominés par les hommes, et ce aujourd’hui encore. Nous autres femmes, avons dû nous battre pour nous imposer et si aujourd’hui nous avons l’impression que les choses ont évolué, ce n’est qu’en partie vrai. Il suffit pour ça de regarder les catalogues des maisons d’éditions du pays pour voir que les hommes sont encore loin devant dans les statistiques (livres publiés, prix reçus, récompenses, concours, etc)

5-C’est vrai qu’il te reste du chemin mais tu commences à trouver ta voie (voix) progressivement sur l’échiquier littéraire haïtien. Quels conseils as-tu à l’attention de ces jeunes rêvant de faire carrière dans le métier d’écrivain en Haïti ?

M-B : Je n’ai pas vraiment de conseils, mais je dirais à tous ceux qui souhaitent écrire de le faire pour les bonnes raisons. Écrire n’est ni un métier ni une posture. Je vois de plus en plus de gens s’aventurer dans la littérature parce que, le capitalisme a réussi à en faire une histoire de marchés, de chiffres, d’opportunités, etc (du moment que ca peut se marchander, ça peut se vendre). Ça nous fait des livres qui s’oublient aussi vite qu’ils sortent et de jeunes hommes et femmes frustrés de ne pas être Frankétienne alors que Franketienne c’est 50 ans de carrière et un métier d’enseignant pour se nourrir.

6-Un dernier mot?

M-B : Il n’y a de littérature que le réel. Soyez réel dans votre démarche, dans votre proposition du monde et donnez vous la chance de grandir. Choisir la littérature c’est choisir d’être une gueule comme dirait un certain ami. Soyez des gueules, mais pas pour des discussions consanguines et hétérogènes.

Propos recueillis par : Roberto Louis-Charles

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