Accéder au contenu principal

Le temps de la poésie : « L’abandonnée » de Virginie Sampeur

Virginie Sampeur, née le 28 mars 1839, est étudiée dans la littérature haïtienne comme l’une des toutes premières femmes poétesses. Plus célèbre pour avoir été la conjointe d’Oswald Durand, ses oeuvres poétiques sont méconnues et presqu’introuvables. « L’abandonnée » est l’un des rares poèmes de l’auteure qui ont survécu. Ce texte poétique, selon Dieulermeson Petit-Frère et Stéphane Martelly, est « connu traditionnellement comme l’expression véhémente de l’amour bafoué ».

 © Jn. Ulrick Désert

Dans sa mise en valeurs des femmes de la littérature haïtienne pour ce mois de mars, Le Temps Littéraire met le cap sur l’oeuvre d’une des pionnières en la matière et vous présente dans sa rubrique le temps de la poésie le poème le plus prisé de l’auteure. Lecture.

(Ah! si vous étiez mort!…)
“ Ah ! si vous étiez mort ! De mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement , sans remords…

Que votre image en moi resterait radieuse!

Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse!

            Ah! si vous étiez mort!

 Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums;
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
  De mes espoirs défunts.
Ah ! si vous étiez mort , votre éternel silence ,
Moins âpre qu’en ce jour , aurait son éloquence ,
Car ce ne serait plus le cruel abandon
Je dirais: « Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être en mourant n’a-t-il su se défendre
  De murmurer: « Pardon! »
Mais vous n’êtes pas mort! ô douleur sans mesure!
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure,
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir;
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!
Ingrat ! vous vivez donc, quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! A défaut d’espérance 
Le passé par instants revient , me berce encor.
Illusion, folie ou vain rêve de femme,
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme!
Ah! que n’êtes-vous mort!


( L’abandonnée, 1876 )

Roberto Louis-Charles


Bibliographie
http://ile-en-ile.org/sampeur/
mis en ligne : 12 janvier 2021 ; mis à jour : 12 janvier 2021

Le Temps Littéraire Tout afficher

Magazine d'art, de littérature et des idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :