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Nos corps nés grève suivi d’autres poèmes

Étudiante en Travail social à la Faculté des Sciences Humaines de l’UEH, rédactrice à LIH Média et poétesse, Régine BAPTISTE est née en 1996. Elle a publié des poèmes dans des journaux et autres espaces médiatiques (Plimay, SiBelle, Le National, etc). Elle a participé à la quinzaine de poésie féminine de Plimay qui fait paraître bientôt une anthologie contemporaine de poésie féminine.

Dans des échanges que nous avons eues avec elle, elle nous a fait part de sa conception de la poésie. Pour elle, « c’est avant tout une vérité. Celle de l’auteur.e. Celle-ci est étalée dans un langage que lui/elle propose. C’est dire que elle voit la poésie à la fois comme substance et langage. Cette double dimension émane du cadre spatio-temporel dans lequel l’auteur.e évolue, de son vécu, de son entourage, d’autre part de l’appropriation qu’il/elle en fait, et de la sensibilité qu’il/elle développe par rapport à ça.
De ce point de vue là, c’est une fenêtre qui s’ouvre non seulement sur l’auteur.e mais aussi sur le milieu dans lequel il/elle évolue. La première, donne accès à la subjectivité de celui-ci/celle-ci en ce sens qu’il rend compte de  » sa k ap brase bil otè a, sa k toumante l, sa k entèpele l epi nan ki sans ». La seconde, plus objective, permet de reconstituer certains faits de son cadre de vie. À moins que celui-ci/celle-ci s’en évade complètement, cette fenêtre rendra compte, de toute façon, de ce que le milieu produit chez l’auteur.e , de la manière dont il/elle le fabrique, mais aussi du niveau d’ancrage de celui-ci/celle-ci dans la dynamique de son milieu ».

Ainsi, nous vous invitons à découvrir cette jeune prodige contemporaine de la littérature avec un travail admirable du verbe et du style, à travers cinq poèmes qui traitent d’amour, de mal-être et de la vie en camisole de forces.

CP : Wilbert Fortuné

I

Nos corps nés grève hantent les bruits des paillasses
À nos cous pendent
Des murs de détresse, écartelés par mille cordes
Dans un même recoin
Des cages ébouriffés, des maisons bois de chêne, des tombes s’enchevêtrent

Et puis des millions de petits toits recouvrent si mal le ciel
Que le diable y trouve une place
Dénicher le mirage
Et le Bondieu s’y étouffe par nos voix entassées

Voilà qu’un jour passe
Une rigole trébuche
Une nuit nait embouchure
Des façades crient
Des bétons gueulent

Et puis des rues marchent
La nuit à pas feutrés
Suivant un petit corps fille
Un corps marchandise
D’autres petits, enfants d’orage

Sous les flancs de la rue
Enterrement
Je ramasse une main tendue
Je ceuille des yeux en fuite
comme pour gommer la ville

Ville bidon
Ville bordel
Ville embouteillée
Ville embouteillage
Et puis à quelques pas
de ce pas contigu
Un pas laid, national

II

J’embrasse les étincelles
De ma solitude à l’endroit de l’âme fissuré
De mon séjour solitaire

Ainsi écrire au point de jonction
la cadence de mes allées jouissives
Au velours
De mes doigts triturés de maux

À chaque horizon gît
Des âges en poussière
Que trimballe le vent

Je me connais à l’exangue du reflet
de mes nuits sans ciel
De mes sommeils pleure l’oreiller

À tisser en fine goutte d’élan
Déraison à l’abîme l’incertitude
Jonche aux côtés de ma mache pénitente
L’ancrage de mon souffle en dérision

III

Ou rantre nan mwen
Kou dlo nan kokoye lannuit mwen endifòm
Tout lanp pote van nan de pla men

Ou kouri
Ou gaye nan mwen
M kouri tankou m te fou
Ou kouri tankou w te pè

Nou tonbe vaykevay
Nan yon rit k ap loulouz yon dans petwo ki bay kò n sans

Ou rantre fon nan trip mwen ou layite sou pwent zong mwen, sou tèt chouchoun mwen
Ou chifonnen tout piwèt lespri m

Zetwal anba ti vant mwen ri dri
Pòtre tifi envalib
Yo ri yo ri jis yo gagannen lavi

Ou rantre andan m
Pyès moun pa wè kibò
Men m dous m dous
Jouk foumi fou

CP : Wilbert Fortuné

IV

Mon poème est fait
de sang,
Un ruisseau d’entre-jambes

De chair jetée aux chiens
De nuits toutes perdues
De passé ombre midi
De coeur indigeste
D’yeux en patrouille
De chambres carnassières
Du danger rebuté

Mon poème, petite bâtarde de la terre
Est né avec
Un vagin
La corde qu’elle se passe au cou

V

Il y a des murs
Autour de nos dédains
Berceuses des pierres en émoi
Pour cacher qu’on meurt

À tue-tête
En cachette
Ça et là devant un cierge

Des murs pour mimer l’aisance
Incanter l’écaille des fantasmes foutus
Les rêves de verrerie
Tenant le voile
Devant les complaintes
Et les vaines prières

Mais dévots sommes nous
À nos murs
Mal aisé dans nos têtes
En déclin dans nos yeux
Sous nos pieds courent des kilomètres de routes et de tunnels
Pour nous convaincre qu’on est maladroitement homme
Qu’un balai est un balai
C’est ce qu’on a décidé

Il y a diable des murs
à nos reflets
pour nous cacher de nos miroirs.

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