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Entretien|• Rencontre avec Ricardo Boucher, autour du mouvement: «Non assistance à Poésie en danger».

Depuis plusieurs mois, la poésie, genre majeur de la littérature haïtienne, s’échappe de nos recueils tant choyés ou des rayons de bibliothèques condamnés à la poussière, afin d’investir les façades des murs des rues de la capitale, précisément de ces quartiers dits populaires. Des extraits de textes à connotation socio-politique de Georges Castera, de Félix Morisseau-Leroy, de Jacques Romain, de Mélissa Béralus ou d’Evelyne Trouillot, accompagnent des graffitis qui revêtissaient déjà les murs de leur accent d’engagement. C’est le fruit d’un mouvement dont Ricardo Boucher, jeune poète et militant politique, est l’initiateur : Non assistance à Poésie en danger.
Le Temps Littéraire a rencontré pour l’occasion le jeune militant autour de ce projet qui prend aussi forme sur les réseaux sociaux. Rencontre avec un jeune passionné de poésie, d’amour et de révolution.

CP : Isaac Dorvilus

1-Le Temps littéraire : Parlez-nous de Ricardo Boucher, l’homme qui est à la genèse de ce mouvement tentant de rendre plus présente la poésie dans notre quotidien?
Ricardo Boucher: Je suis marxiste décolonial, poète, éducateur populaire et militant de l’organisation progressiste révolutionnaire MOLEGHAF.

Il y a urgence de porter l’oeil sur l’humanité avant qu’elle soit perdue de vue dans des camps de mise à mort.

2-LT : «Non assistance à Poésie en danger», un thème qui en dit long sur la formulation. Comment peut-on cerner cette dangerosité guettant la poésie?
R. B. : Prendre parole pour Non-Assistance À Poésie En Danger, ce n’est pas prendre parole au préalable pour parler d’un genre littéraire, de subvention que les poètes ne trouvent pas…mais c’est prendre parole pour parler de la vie humaine qui risque d’être anéantie.
Cette belle œuvre poétique, toujours en danger par manque de bien-être, d’amour, par manque de vivre en commun.
Lamartine aurait dit : « C’est toute une population, toute une classe, toute une opinion qui parlent par ma bouche. »

3-Vous voulez rendre accessible la poésie à des tas de gens des quartiers populaires, des gens qui sont dans un tel marasme socio-économique. Que peut la poésie face à une telle situation?
R:Le peuple, il est le seul auditoire susceptible de transformer les triomphes oratoires en triomphes politiques.
En ces temps, je m’éprends de l’idée démocratique, ce nouvel état social décrit Tocqueville.
Je veux enraciner la démocratie immatérielle de la poésie dans la révolution politique, le pouvoir populaire.

4-Le slogan phare de votre mouvement est : «L’amour , le quotidien, la révolution». Comment pensez-vous que ces termes peuvent définir le combat que vous menez?
R.B : « L’amour, le quotidien, la révolution…! » et « Debout Poète…! », ces mots d’ordre sont pour moi l’expression vitale de la dignité humaine qui demain doit triompher.

5-Baudelaire, dans son «Art romantique» proclame que : «la poésie n’a pas d’autre but qu’elle même». A voir la bataille que vous ménez , on dirait que vous vous placez dans une autre perspective?
R.B : La poésie n’a d’autre but qu’elle-même », écrivait Charles Beaudelaire, poète symboliste, digne héritier du romantisme, en 1857 dans l’Art Romantique.
Mais, ce qu’on doit rendre accessible à tout le monde, c’est l’idée que c’était une déclaration polémique pour défendre le mouvement « l’Art pour l’Art » qui ouvrait la voie à la poésie du parnassienne.
Ce mouvement là, qui refusait la poésie philosophique qui transmettrait des idées ou une morale et la poésie politique qui se souciait du progrès social.
J’aime Charles Beaudelaire comme pas possible.
Mais là, par rapport à ma vision du monde, je suis plutôt dans la perspective de Léo Ferré :
« Les plus beaux chants sont des chants de revendications.
Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations.« 
Je ne suis pas un poète qui n’ai des yeux que pour les fleurs et le corps des femmes.

6-Un dernier mot?
R. B: Il y a urgence de porter l’oeil sur l’humanité avant qu’elle soit perdue de vue dans des camps de mise à mort.

Propos recueillis par Roberto Louis-charles

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