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Feuilles blanches

A l’attention de celles et ceux qui croient en l’amourétincelle

Des lettres en temps de confinement ! Pourquoi pas ? Cela ne dérange en rien. Mais sommes-nous en confinement, ou avons-nous simplement la prétention d’y être ? Des lettres pour pleurnicher ? Bref !

Prétendument confiné, « Moi » écris à « Toi ». Rien que pour exprimer son attachement, pour ne pas dire son amour. Et quel attachement ou amour ? Ah oui, entre un « Toi » et un « Moi ». Je crains fort que vos « je t’aime » ne soient pas des « je m’aime » feutrés d’une couche, aussi pâle qu’elle soit, d’amour sans résistance. L’amour en ce monde, nous le savons tous, est bien longtemps confiné. 

Je ne vois aucun problème à ce qu’on écrive à son amour. C’est plus qu’un devoir. Lier pourtant son écrit à ce soi-disant confinement d’ici, c’est choquant. C’est même participer à la propagation des mensonges répétés du gouvernement. À votre place, soit je laisserais blanches mes feuilles, soit j’en crierais, aussi précieuses qu’elles soient, l’indigne d’ici et d’ailleurs. A votre place, je me pencherais sur la situation crasseuse de certaines zones qui, situées  à quelques mètres du palais présidentiel, sont dites défavorisées et de non-droit. J’exposerais donc le martyre de nos sœurs et frères. Mes ami.e.s, rentrez vos lettres ! Je vous en prie. Faites honneur aux personnes souffrantes ! S’il le faut, détruisez vos lettres ! Elles puent trop d’amour confiné, sans réverbères.

L’amour, synonyme d’étincelle, est ce qui reste et demeure même lorsque tout serait perdu. C’est, je dirais, la part insécable et indestructible de nous-mêmes. C’est un amour qui tend en quelque sorte vers la dignité au sens ajarien du terme. Il n’est pas quelque chose qui a nécessairement besoin de se rappeller en une certaine occasion par des mots. Ceux-ci étant d’ailleurs souvent trop insuffisants pour décrire. L’amour-ci, qu’il ne faut pas comprendre comme ce qui se limite à un Toi et un Moi, a essentiellement pour caractéristiques la constance, la redondance et, par conséquent, la résistance. Il est du genre révolutionnaire dans la mesure où il se méfie de toute duperie de l’impérialisme, du colonialisme feutré et du racisme institutionnalisé par les monstres de la civilisation occidentale. Lorsqu’on s’aime d’un tel amour, on devient militant.e, donc engagé.e. Grâce à sa cohérence et son équilibre, fondés par lesdites caractéristiques, la beauté de l’amour en question reste  réellement fondée. 

Réservez vos feuilles pour écrire un peu de cet amour, au moment qui vous semble opportun. Écrivez-le afin de devenir des étincelles. Le monde en a grand besoin. Le monde doit cesser d’être un portail de martyre-sang. Le monde a besoin de vous pour l’aider à sortir sous les genoux du racisme, ennemis du souffle humain. Le monde a besoin de respirer. 

Réservez vos feuilles pour essayer de sauver le monde, pour écrire l’amour de l’humain. Je ne peux jusqu’à présent toucher une seule de mes feuilles de papier. Ouais, elles sont encore blanches. J’aimerais bien les laisser pour accorder longue vie aux poèmes saignants d’une génération à venir. Peut-on écrire sans être en possession de sa puissance ? A moins qu’on voudrait écrire sa souffrance. Néanmoins, je me demande si celle-ci peut vraiment être écrite.

Si je pouvais, j’écrirais bien les phénomènes actuels de violence réelle ; le théâtre de nos politiciens corrupteurs et sans vergognes ; mes nuits passées sans dire des “ tim tim ” , sans entendre des “ bwa sèch ”  sonores et aigus des enfants dont leurs mains, pour courir, furent autrefois tenues par la lune ; je crierais donc sur mes feuilles la vie (confinée) d’ici et d’ailleurs. Comme vous, je n’écrirais heureusement pas pour pleurnicher le fait d’être prétendument en confinement. Car, nous ne sommes pas confinés. Ou peut-être que nous sommes confinés depuis toujours.

J’ai beau essayer d’écrire l’indigne. Mais je n’arrive pas à respirer à force de vouloir trouver des petits bouts étincelants de mot, des mots qui conviennent. Mes semblables, croyez-moi, je n’arrive pas à respirer… 

Rochety BONTEMPS
Rochety BONTEMPS

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