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TÔT DANS LA MATINÉE

Des chuintements proviennent des cèdres du terrain voisin : les tourtereaux de l’environ, suivis de leurs progénitures pouvant à peine voler, regagnent leur perchoir… Mon fauteuil de lecture, quoique passif, commençe à se plaindre du poids de mon corps qu’il supporte depuis déjà plus de trois heures. L’obscurité, qui, timidement, s’est faite maîtresse légitime de la pièce, commence à s’etoffer, à pousser son barbarisme jusqu’à s’emparer de la page en cours de lecture… Si brusque que les lettres, noires, parlantes et élégantes, semblent s’effondrer dans une marre de noirceur, pour ne plus avoir rien à me dire, à part que la pause (où l’arrêt) s’impose.

Source : I Captured

Déjà trois jours depuis que l’ampoule de ma chambre questionne sérieusement son utilité dans cette pièce qui témoigne les nombreuses facettes de cette singulière vie autour de laquelle gravitent mes nouvelles habitudes. Les élices de mon ventilateur ne servent que de perchoir aux moustiques, ces bon vivants prenant mon sang d’haltérophile acharné pour acquis. Dans ma chambre, seuls le lit, le bureau, les haltères, et le fauteuil gardent leur utilité. Le balai également.

La délicatesse d’un prestidigitateur, je dépose mon livre à côté de la pile sur mon bureau, et me mets debout. Mon corps est un peu engourdi… un peu engourdi comme si j’étais une momie laissant finalement son sarcophage après huit millénaires de confinement mortuaire. Je dépose également mes lunettes sur le bureau, et prends mes écouteurs, puis les branche à mon smartphone ne restant que dix-huit pourcent de batterie, qui équivaut à des heures d’autonomie si je passe en mode avion – raison pour laquelle je n’ai pas décidé de poursuivre la lecture du polar à l’aide de la lampe du portable.

«En l’espace d’un discours officiel du chef d’État, la réalité m’a fait passer de « casanier passant ses journées dehors » à « hermite obligé…»

C’est quand même triste, d’avoir à me séparer d’un texte si riche en intrigue… Mais le crépuscule, depuis peu, me gratifie de ce petit plaisir… ce péché mignon qu’auraient même les tenants du paradis : siroter une grande tasse de tisane(une infusion au gingembre, à la citronnelle, et au citron vert) en écoutant du Enya. Cela dit, c’est une forte consolation pour remédier à une forte tristesse.

La musique d’Enya, c’est cette voix mystérieuse qui, lorsqu’on est au beau milieu du désert et que la soif règne d’une main de fer sur notre être et réussit à nous mettre à plat ventre, nous indique qu’il n’y a pas de source proche mais que tout va quand même bien… vu qu’à l’intérieur de nous coule la source offrant la véritable eau qu’il nous faut. Chaque mélodie, chaque syncope(silence momentanée) est l’utopie répondant honnêtement à chacune des nombreuses questions qui obscurcissent les réalités qui nous emprisonnent et réduisent notre existence à pas plus qu’un interminable enchaînement de journées les unes les plus insipides que les autres.

«Et on se sent enfant… Oui, on se sent enfant à nouveau.»

La musique continue de nous transporter… Puis tout à coup, la réalité refait surface : on entend, malgré le voyage interstellaire qu’offre la divine musique, tous les enfants du quartier qui se mettent à l’unisson pour acclamer le retour inattendu de l’électricité, avec un « weeeeeeeeee ! » magistral… Quelques adultes également ont pris part au chorale. Oui, les adultes, dans mon pays, sont eux aussi en liesse quand l’EDH décide d’éclairer leur « nuit ». Mais eux, ils la gardent à l’intérieur, cette euphorie, tout comme ils font avec leurs peines. On se demande si la manifestation des émotions et des sentiments ne serait pa tabou chez nos géniteurs.

Des années plus tôt, j’aurais indubitablement opté indubitablement pour une «SOIRÉE CINÉMA»… peu importe. Mais à mon âge actuel, le scénario est ainsi : un tour dans la salle de bain, retour à ma chambre, sommeil. Mais avant de me coucher, je branche mes gadgets électroniques, rétablis ma connexion internet pour répondre à quelques messages/mails… Tout cela fait, je donne du repos à ce corps fatigué, assoiffé de repos. Il est déjà neuf heures et quarante-six minutes… Et la journée à été longue… Aussi longue le quart d’heure qui peut distancer l’emprisonnement de la liberté.

Silence nocturne. Les heures passent…. La ville semble être totalement endormie.

Mais, étrangement, je me rends compte qu’il est déjà quatre heures du matin, et que je suis à mon troisième voyage vers le réfrigérateur, et que je n’ai pas encore rabattu mes paupières de toute la nuit. Vu qu’une vidéo mène à une autre, et que le temps, à mesure que l’on vieillit, passe plus vite : le temps s’est écoulé comme le Saut-Maturine durant les saisons pluvieuses. La télé, certes, n’anime plus mes nuits ; mêmes les infos, je les obtiens par le biais d’une application mobile. Mais les distractions nocturnes, on peut dire, n’ont pas trop changé : avant, c’était la télévision ; maintenant, c’est « Youtube et autres plateformes de streaming ». Écran pour écran, en fait.

Il est venu pour moi le moment de m’endormir, disent mes yeux exténués par la lumière. Mais une toute dernière chose avant de me plonger dans les bras de Morphée : je copie le lien cliquable menant vers la chanson d’Enya titrée « If I Could Be Where You Are », et je l’envoie à mon Orchidée via Whatsapp. Son quartier n’a pas revu l’électricité depuis déjà cinq jours, si mes calculs sont exacts. Le « BLAKAWOUT », l’une des réalités les plus anciennes de mon pays, Haïti, je me demande s’il n’est pas culturel, au final.

« Pour favoriser une croissance optimale, il faut se mettre au lit de très tôt, pas à des heures indues», disent les coachs en fitness et les professionnels de la santé. Et c’est vrai… De toute façon, je me couche tôt, moi… tôt dans la matinée

Marc Andy Chéridord

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