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GRAND-ENTRETIEN | Rencontre avec Olwitchneider Sainclair autour du challenge de portrait/dessin : combattez avec ce que vous avez.

Depuis plusieurs semaines, circulent sur les réseaux sociaux notamment facebook, des portraits de personnalités publiques, d’artistes ou de professionnels très ou peu connus des milieux respectifs. Cette initiative est celle d’un jeune peintre et dessinateur que nous avons jugé nécessaire de rencontrer dans le cadre de notre rubrique «Grand-entretien» afin de cerner les contours de cette activité. Rencontre avec un jeune qui a fait parlé son talent en période de confinement.

1- Le Temps Littéraire : vous avez lancé depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux un challenge de portrait et de dessin. Vous faites parler votre talent de portraitiste en dessinant gratuitement les gens. D’où vous est venue cette idée ?

Olwitchneider Sainclair : Ce Challenge devait se faire. On est parti d’une idée. L’idée qu’on est tous doués de proposition.
Et la proposition ici est pur prétexte pour se battre contre l’attente. Elle aurait pu être autre. Tout dépend de ce que l’on porte comme flamme, énergie et mode d’expression. L’un dessine ou écrit, l’autre chante ou danse. Chacun.e ses élans. Ce challenge est une invitation à prendre les armes. Celles qu’on a à notre disposition.

2- LTL : A part d’être un bon dessinateur et peintre, avez-vous d’autres chapeaux ? Parlez-nous d’Olwitchneider Sainclair?

O.S. : Olwitchneider Sainclair, né en 1995 à Port-au-Prince, je suis journaliste, peintre et poète de la parole parlée vivant et travaillant en Haïti. Je suis en partie autodidacte, mais j’ai bénéficié d’un éventail d’opportunités qui m’ont aidé à développer mes talents et mes intérêts. En 2015, j’ai participé à deux ateliers d’écriture poétique et de slam avec Gaël Faye et le groupe de Hip Hop Milk Coffee and Sugar à l’Institut Français d’Haïti, ainsi qu’à un atelier avec le poète et acteur américain Saul Williams à Fondasyon Konesans Ak Libète / la Fondation pour la Connaissance et la Liberté (FOKAL). Ce dernier atelier a conduit à un spectacle que nous avons joué dans de nombreux lieux culturels de la ville.

En 2016, le 2ème prix du concours « Art et Démocratie » organisé par IDEA en collaboration avec le Centre d’Art et l’Ecole Nationale des Arts m’a été remis pour mon projet qui décrit les diverses facettes de la politique en Haïti. Sélectionné avec 20 autres artistes pour être encadrés de quatre mentors lors du projet.
Œuvre collective, qui décrit une scène de marché informel, où tout se vend et tout s’achète, même le pire.

En avril 2016, un groupe d’artistes et moi avons produit une performance, « Oncle Amerika », (TONTON AMERIKA) à FOKAL. Cette pièce commémore l’occupation américaine d’Haïti au début du XXe siècle et encourage une discussion sur l’héritage que les États-Unis nous ont laissé. J’étais vraiment excité de faire partie d’une sélection d’artistes pour proposer une performance littéraire, du slam au théâtre.

3- LTL : Comment l’idée du challenge a t-elle pris forme? Avez-vous d’autres gens qui portent avec vous l’initiative ?

O. S. : Le confinement nous prend pas mal de choses. Plus de choses qu’on ne le pense, des fois. Il y a un manque. En plus du manque de circuler comme le font tous les être libres, il y a un manque d’air, d’expression. C’est pour cela que partout dans le monde, des gens, conscients de cette privation subite, essaient de combler le vide par des choses simples et qui procurent un plaisir de taille face à la crise.
Les Challenges sont de véritables armes contre la pandémie. Lequel proposer à des potes, de près ou de loin ? La peinture. L’écriture. La poésie. Voilà comment est venue l’idée.

J’ai eu envie de dessiner. L’envie m’est venue comme ça, comme une caresse surgissant dans la nuit d’une personne qu’on aime, et la réaction a été tout aussi naturelle. J’en ai parlé à Stevenson, un des collaborateurs, il a tout de suite embrassé l’idée ; même chose avec Emmanie.

À nous trois, nous formons l’équipe. Et le travail se passe ainsi : on reçoit les photos proposées par des gens, Emmanie Estiverne, jeune linguiste passionnée d’art choisit celles correspondant à la vision du portrait réaliste, ensuite je fais l’esquisse de chaque photo, et dès que je finis un portrait, je l’envoie à Stevenson Mervil, poète et Psychologue en devenir, et il dresse un poème en misant sur le regard, la posture et l’expression de la personne dessinée. Enfin, je publie portrait et poème, avec l’ashtag du challenge, en invitant d’autres gens à nous rejoindre dans l’aventure.

4- LTL : Que représente pour vous ‹‹dessiner››? Avez-vous, en peinture, quelques figures qui vous servent de ‹‹mentor››?

O. S. : L’art plastique représente pour moi un langage qui possède sa grammaire, son style et son expression. C’est un moyen de communication interpersonnelle, intra-personnelle et interculturelle. Lorsque je peins ou dessine, j’ai l’impression de pouvoir contacter un autre monde. J’ai parfois l’impression de découvrir d’autres visions : le monde d’où je viens, avec lequel je fais connaissance avec d’autres et dont j’apprends à travers la peinture et l’écriture.

En général, tout le monde me sert de mentor. Leur critique m’aide à grandir. C’est à travers leur regard que, des fois, je puise matière d’existence. J’ose dire que je suis artiste.

De manière plus particulière, j’aime ROBERTO GABRIEL (ROGA).
Peintre,comptable, et directeur Général du Centre Culturel Bel-Art.

5- LTL : Revenons au Challenge, jusqu’ici êtes-vous satisfait de l’impact qu’a eu l’initiative ?

O.S. : Jusqu’ici, oui. C’est comme pour des joueurs de foot recevant la visite des gens qui viennent les regarder s’entrainer. Ça fait du bien. Et les regards sont plutôt favorables. On fait avec ce qu’on a. C’est le propre de l’initiative.

Et une des choses les plus intéressantes dans le cadre de ce challenge, c’est la rencontre faite avec d’autres gens, d’autres flammes qui veulent briller toutes ensemble.

6- LTL : A quoi rime ce thème : combattez avec ce que vous avez? Pourquoi cette idée de combat? Pensez-vous que l’art est une forme de combat?

O. S. : Combattez avec ce que vous savez est comme une alerte, une invitation à laisser sortir sa sensibilité et présenter ce qu’on sait faire, honorer le talent reçu des mystères, des Saints et des Lwas.
«Combattez avec ce que vous avez». Le titre fait allusion à la nécessité de nous améliorer la vie avec notre art et notre poésie sur fond de précarité économique et d’instabilité politique.

Quand j’en ai parlé à Stevenson, il m’a sorti un truc comme quoi, c’est ce que Dieu, l’Eternel, a fait comprendre à Moïse juste avant que celui-ci ne commence son combat.
 » Qu’est-ce que tu as entre les mains, a demandé Dieu.
— Un petit bâton, a répondu Moïse.
— Alors, c’est avec ce bâton que tu vas accomplir ce que tu dois accomplir ».
Et puis, baton ki nan men w, se ak li ou pare kou, comme dit le proverbe.

6- LTL : Que conseillez-vous à un jeune dessinateur ou peintre haïtien souhaitant faire carrière dans le milieu artistique?

O. S. : Je crois que ma génération peut se retrouver si elle se donne la valeur qu’elle mérite. Les jeunes peuvent se regarder comme des êtres créatifs, et voir le monde comme une œuvre d’art à l’intérieur de laquelle ils sont des morceaux fragmentés cherchant à se rassembler. Les jeunes artistes doivent oser, et foncer. Travailler très dur afin d’être différent des autres.

Le temps littéraire vous remercie et vous souhaite bonne continuation!

Propos recueillis par Roberto Louis-Charles

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