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Lettre pour retrouver mon chemin

Je suis désolé !

Aucun dimanche ne sera comme avant.
Depuis un mois, avec ma femme-tigre, je suis emprisonné. Mais ton sourire et ta poitrine, mes seules échappatoires pour m’ouvrir aux plages blanches, continuent à me manquer.
Tes critiques acerbes contre tout, et tes déprimes constantes sur la mauvaise gestion de la chose publique me manquent. Tout. Parfois, je ris quand tu déchires le journal pour en faire du feu en plein midi. Les nouvelles te donnent froid au dos, mais, moi, ta chaleur me suffit. Je n’ai de révolte que ta folie.

CP : Site Les chemins de l’espoir

Hier, tu es venue à ma fenêtre, juste pour me regarder. Ma femme était là. Elle me regardait te regarder alors que tu regardais le saule devant la maison.
Comme quoi, tu te substituais à l’histoire de cet arbre. Une éloge à la vie! Comment fais-tu pour trouver de contes et de légendes à raconter à tout ce qui respire ?

Je suis vide sans toi. En plus, ma femme fait de ses crises de plus en plus. Pour un rien. Elle va jusqu’à s’énerver de mes désinvoltures, ce qu’elle ne peut pas savoir et comprendre c’est que je ne suis nulle part où tu n’y es pas. Je suis vidé de tout ce qui ne porte pas ton empreinte. Le sel de tes lèvres.

On tire continuellement sur mon quartier. Vois-tu, ceci est devenu une habitude. Les gens d’en face, le sais-tu, le ministre de la justice leur accorde un temps record pour quitter leur demeure. Vider les lieux ( de quel lieu s’agit-il ; un endroit qui n’existe que par ses fantômes qui peuplent l’imaginaire cauchemardesque des enfants du bord de mer ?) On attend tous les sacrifices humains. Comme une façon pour dire aux riverains que la mer qui s’éloigne n’était pas déjà un trop-plein.

Il leur faut, maintenant, un ministre de la Justice pour venir leur ravir ce dont ils n’ont même plus.

J’attends la catastrophe avec le naufrage raconté au saule. Tu n’as pas pleuré, la seule fois que tu as parlé d’amour sans des pleurs perchées aux contours de tes yeux. La seule mer qui me donne encore des ailes. Qui gonfle mes poumons de voile et de fumées. J’aime cette sensation de boire jusqu’à la lie tes pleures quand tu parles d’amour et de liberté.

Je prends les pieds de ma femme entre mes mains pour arriver jusqu’à toi, par le chemin le plus court. Quand j’y suis arrivé, tu te masturbais devant cette photo prise dans cette voiture achetée à ce jeune homme qui devait à la hâte laisser le pays. Tu étais si heureux qu’il nous a fallu une prise pour immortaliser devant le Mupanah, ce sperme qui giclait entre tes dents comme un soleil qui s’étire.

J’aurais aimé être là, en vrai, à tes côtés, te regarder jouer avec ton sexe qui irise à l’approche de mes doigts brisés qui tremblent jusqu’à la cime.

Je ne crois pas qu’il y aura d’autres dimanches après le confinement. Tellement c’est devenu banal.
Je prétextais toujours cette réunion du parti pour venir me lover dans ton corps, la seule cage où la liberté n’est pas qu’un vain mot dépourvu de toute sa substance libératrice.

Le ministre attend impatiemment son jour pour venir tremper son âme assoiffée dans le sang des pauvres. Les pauvres attendent ce jour pour voir la dernière fois le soleil.
J’attends la fin du confinement pour venir m’abreuver sur ta nuque , le seul vrai chemin, ici.
Toi, qu’attends tu devant cette photographie en noir et blanc avec ton corps enfermé dans ton poing cherchant les chemins de l’aspérité et l’éloge des couples infertiles ? Toi qui aimes tant prolonger le bleu du ciel dans tes sombres palettes.
Toi, qui penses toujours que le Dieu des pauvres est à inventer. Il faut l’inventer dans la source chaude aimes-tu dire.
Je sais seulement de ta tristesse, cette étoile filante qui vient de se cogner contre le hublot avec ses côtes cassées, et éclaire mal le miroir. Si une étoile peinte ne peut pas éclairer toute la chambre c’est que le confinement est la pire chose qui te soit arrivée. Je suis désolé si je ne puis garder ma promesse, celle de te suivre partout comme l’autre.
On revient toujours au haut lieu de la promesse non tenue. Qu’elle soit d’un chant du coq ou d’une corde brisée.

Ma femme , je sais ce qu’elle attend elle, elle n’a sa place dans mon récit que par ton souci d’habiter ton petit bateau interdit en être libre.

Grégory Alexandre

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