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Jours en cage

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

Deuxième jour de la quatrième semaine de confinement. Je ne cherche plus à ignorer le jour et le temps qu’il fait. On est lundi, il est midi, le soleil luit. Je continue à nommer les jours parce que c’est moi qui leur donne leurs couleurs et leurs odeurs. On est mardi, les heures défilent, j’ai envie de ne rien faire. Cette fille qui me drague me vient à l’esprit. C’est mercredi, milieu de semaine, équilibre. On est jeudi, six heures du matin, l’aube s’enfuit. C’est vendredi, le charme et l’envie.
Ce vendredi du début de confinement, Dieu sait ce qu’il y aurait eu. Sans que tu ne le saches, je me préparais à me faire objet de désir, j’ai supposé que tu aimerais. J’ai su bien plus tard que tu faisais autant. Ce vendredi aurait été un vendredi laisser-aller, un vendredi laisser-faire, un vendredi je m’offre, un vendredi je me livre. Cela aurait été un vendredi pour tous les vendredis.
Vendredi partage
Vendredi de la saint Valentin ou précarnavalesque
Vendredi saint ou des cendres
Vendredi bicolore, des fleurs
Vendredi d’été
Vendredi d’indépendance
Vendredi de naissance
Vendredi réouverture
Vendredi commémoration
Vendredi gede
Vendredi cadeau
Vendredi n’aurait plus été un jour mais une chanson que j’aurais entonné au rythme de ton nom. Crescendo, decrescendo, tremolo, vibrato, soupir, silence, demi-soupir et variations. Vendredi n’aurait plus été un jour de la semaine mais un souvenir. Souvenir de chair et de voix. Vendredi aurait enfin eu une raison d’être vendredi mais on n’a pas eu le temps de le baptiser.
Je choisis de vivre les jours parce que confiné est mon corps, je ne veux pas que mon esprit le suive. Je veux que mon esprit virevolte, qu’il imagine, qu’il vagabonde. Je vivrai par mon esprit, lui que je veux épargner de toute atrophie. Je ferai de mes jours en cage des arcs-en-ciel, je les nourrirai de mes folies et je continuerai de faire le vide en ton nom.

Micaëlle Charliflor

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