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Lettre pour te rapprocher de moi

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

Il est connu, les gens écrivent par temps de guerre. Mais, par temps de pandémie, il y en a peu. De mémoire littéraire, je ne peux citer que La peste de Camus. Peut être, ils ont compris le message. Et si on n’en meurt pas tous, qui lira ces maudits livres?
Peu importe. Je vais prendre le risque. Si l’amour est vraiment l’unique chose qui compte. Comment parler de toi? c’est toujours mon fardeau.
Je commencerai avec la lune dans ma tête. Je suis loin mon amour. C’est à ce moment que je me reproche de n’avoir jamais été le meilleur des copains. Que vaut la vie sans un corps d’aube à carresser? Je suis loin de ta bouche.. Et tu vibres dans ma tête. Si j’étais là, nous serions confinés ensembles. On danserait. Toi qui aimes tant danser. Et la sueur de ton corps m’aurait appris le goût de vivre. Pour l’instant, il n’y a que nos souvenirs qui me gardent en vie.
Camarade, ne meurs surtout pas. Résiste. Je reviendrai un jour, pour cette ville sans cage à offrir à l’oiseau et ce miroir brisé à reconstuire ensemble. Je sais que c’est difficile pour toi, pour moi, pour nous. Je sais aussi que tu pleures chaque soir. Ça me peine de savoir que tu pleures à un tel rythme mon absence. Pardonne moi, de t’avoir imposé ce double confinement, mon bébé.

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Personne n’aurait crû que le mot quarantaine, serait devenu, le mot le plus à la mode de l’année. En de telles circonstances, je fais tout en ton nom. Un jour, je t’écrirai peut-être ce roman inachevé. L’amour au temps du corona? Je ne sais pas si Marquez accepterait, ma chérie. Si non, je te l’aurais déjà fait.
Je regarde chaque matin, par la fenêtre de ma chambre et je te vois passer. Avec une robe bleue. Une robe en dentelle d’oiseau. Dieu sait combien tu aimes le bleu. Tu passais avec une telle élegance et j’ai crié ton nom. J’hallucine, tu n’es pas là. Comment tu fais pour venir dans mes songes? Est-ce que moi aussi j’y viens dans les tiens? J’aurais aimé être partout dans tes rêves. Surtout, enfermé entre tes cuisses. C’est la source intarissable, qui apaisera ma soif. J’ai soif mi Amor. Pourquoi ont-ils fait ça? Quel putain de dieu a crée l’exil? J’ai beaucoup appris ces temps-ci : qu’un ordre d’un président peut vouloir dire quelque chose, il arrive que l’on se trouve dans un pays sans ombre et sans copine, le corps est un arbre fragile. J’ai surtout compris pour une fois, cette phrase de Dany Laferrière “l’exil est pire que la mort pour celui qui reste” ce qui signifie, que tu souffres encore plus camarade. Je t’aime compagnon de routes et de luttes. Je te ferai d’autres poèmes, pour conter un à un les parties de ton corps. Je mobiliserai tous les grands poètes qui ont chanté les femmes, Aragon le poète d’une seule femme, qui chante les yeux d’Elsa. C’est sûr qu’il n’a pas eu la chance de regarder tes yeux. Je t’écrirai Margha de René Philoctète, et d’autres divins poètes qui ont pleuré des femmes pas plus douces que toi. Je te parlerai de Jacques Brel qui a pu mourir sans t’écrire une chanson.
Non petite fille, ne pleure pas. Car, un jour on se reverra. Et ce jour-là qui sera le plus beau de toute la condition humaine, je te dirai ce beau vers de Paul Valérie dans son poème titré charme : ” j’ai vécu de vous attendre et mon coeur n’était que vos pas”.

Jean James Junior Rolph JEAN


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