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Lettre à Clochette

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

Clochette,
Je t’écris d’un lieu où les fées naissent et périssent sans pousser des ailes, entre des murs aux couleurs métalliques. Mon Amour, je mentirais si je te disais que je ne meure pas doucement. Mais comment mettre sur une même ligne mon manque de toi, la mort qui abrite mes respirations et la folie qui ravage les êtres fragiles. Confinement. Moment d’être avec soi. Retrouvaille? Tuerie? À force de trop me voir dans les miroirs, mes problèmes me sortent par la bouche. Les yeux. Mon mal a réussi à habiter mes gestes. À force de souffrir de moi-même, deviendrais-je quelque chose d’insaisissable? Entre vent et poussières? J’ai le coeur dans les rues où les trottoirs sont habités. Là où les hommes s’inventent d’autres mondes. Mais, dans ces 230 km qui nous séparent désormais, je me bats pour ne pas laissé la poussière envahir nos souvenirs.
Ne doivent-ils pas rester aux amours séparées sans le temps des adieux que leurs yeux pour aimer? Intensément. Je suis loin de toi, loin de la ville. J’ai réussi à faire battre mon coeur en ton nom. Par ton absence j’ai laissé ta voix remplir mon regard vide. « Les mots sauvent quand les armes sont impuissantes. » Alors je t’écris Clochette, pour me sauver. Du confinement. De ma haine. Et surtout de ma folie. J’aurais préféré t’écrire un poème. Il aurait été beaucoup trop triste pour tes beaux yeux, là-bas. Je t’invite à ma vie, comme unique poème authentique et éternel. Je suis loin de toi, loin de ma vie. Dans l’arrière pays où je me tiens, j’ai peur de prendre racine. On m’a dit que j’étais chez moi. Quand est-on vraiment chez soi? Entre des murs qui puent des photos de souvenirs? Là où pousse l’arbre avec ton nom dessus? Là ville-pute qui te caresse tous les soirs et te laisse entrer dans ses rues pieds nus? Ou ton âme qui connaît tes souffrances? Ou ton coeur qui connaît ton identité? Je suis un homme vagabond. Un homme vent. J’aime être de partout. J’ai peur de l’immobilité. Je ne veux pas prendre racine. Sinon je deviendrai un arbre avec des milliers d’embranchements qui, tôt ou tard, reviendront au tronc-mère. Si je deviens un arbre, quelle rivière viendra me déraciner? Tes larmes? Je préfère être un petit bateau en papier qui monte et qui descend au milieu des mers. Et qui deviendra une île dans le coeur de celui qui le laisse s’accrocher. Parfois, ton manque m’est utile. Je retombe amoureux de toi 10 fois plus qu’avant. Mais le confinement…ça me tue.
Comme à la fin de toute lettre entre amoureux le je t’aime est un viol qu’on accepte, pour se distraire, parfois, des autres vérités. Je ne te le dirais pas. Pas à la manière des gens qui savent mentir pour ne pas tuer les soleils de haine. Parce que, les jours aussi ont leurs mots. Aujourd’hui, hier, comme tout les jours depuis le confinement, j’ai tout perdu dans la bière, la pluie, la rue que je réinvente dans mes rêves, et mes mains dans tes photos comme douce espérance de ton corps. De toi. J’ai tout perdu comme la chenille dans cette métamorphose nocive. Chrysalide. J’ai toujours pas d’ailes ni d’arc-en-ciel. « Combien de fois faut-il se transformer avant de se trouver? » Je ne saurais répondre. Je continue d’avancer, ton amour dans la main et l’espérance d’assez de courage pour aimer à la hauteur de nos désirs. Des désirs de l’autre. Alors comprends moi, si je ne te dis pas je t’aime assez fort pour couvrir tes doutes. Ma voix s’est confondue dans ma douleur. Quand on meurt on doit le faire seul. Sinon, ça servirait à quoi de mourir de la souffrance du monde? Il y a les choix, les sacrifices, puis les conséquences. Je t’aime, mais… Comment se soigner si on ne saigne que du côté gauche? Mon Amour, je souffre d’une hémorragie. Et partir en poussière ne nous rendra pas tous immortels. En fait, je te le dirais. Pas par ma bouche. Par mes larmes. Aujourd’hui, peut-être, ça devrait suffire.
Toujours dans la volonté et le désir de demeurer ton Peter Pan, Clochette.
Toujours, confinement, amoureux. De toi. De toi seule.

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4 thoughts on “Lettre à Clochette Laisser un commentaire

  1. « Comme à la fin de toute lettre entre amoureux le je t’aime est un viol qu’on accepte, pour se distraire, parfois, des autres vérités. Je ne te le dirais pas. Pas à la manière des gens qui savent mentir pour ne pas tuer les soleils de haine. Parce que, les jours aussi ont leurs mots. »

    J’aime tellement cette putain de prétention. C’est super stylé, man.

  2. C est un super texte. Facile à lire.. Je ressens chaque mot comme s il m était adressé.
    Chapeau Hugh!💯💥💟💌

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