Publicités
Accéder au contenu principal

Lettre à D

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

J’ai toujours détesté les commencements, ils annoncent toujours des fins. De ma fenêtre, seuls l’horizon et les catastrophes me semblent sans fin. Il a plu, l’odeur de la terre mouillée m’a fait penser à toi. Comme s’il se faisait une lumière en moi, face à cette ténèbre morbide de ces jours de grand désarroi, sur ce que le vide de toutes les activités qui me passionnent alors que je suis enfermé entre quatre murs pouvait créer en moi de fureur et de manque. Il pleut et nos lèvres se mouillent. Du bon vin et des idées folles. Entre mes livres pleins d’histoires et le reste de vin au fond d’une bouteille que je n’ose toucher, il y a toutes mes envies qui dansent. Je me rends compte dans mon délire d’apprenti-amoureux-gentleman-à-deux-balles-buveur-de-vieux-vins-et-consommateur-de-vieux-romans que je ne t’ai jamais fait écouter mes disques de Thurgot Théodat. Le tambour qui continue quand tous les instruments se sont tus me rappelle que j’aime te laisser à ton Yanvalou prenant de la distance comme le photographe raté que je crois être aime le faire. Je ferme les yeux. Je respire, module ma respiration sur le rythme du saxophone qui gonfle ma poitrine de vent et d’amour.
Je n’aime pas le café, je n’aime pas le chocolat chaud, j’aime ton gout dans ma bouche et ton cri dans mes oreilles. Voilà, c’est dit. Merde, ce que tu peux me manquer. Je dors d’un côté du lit, mon lit n’est pas assez grand pour moi seul, je laisse de la place toutes les nuits pour coucher notre amour en attendant ces matins flamboyants où la misère des gosses qui crèvent la dalle sera suspendue, où on mangera un bon pain grillé au lieu de toast tartiné, où on se fera chasser d’un corridor la nuit pour devègonday. Ce qu’on rirait de la pruderie des gens. Ils font des enfants qui paraissent leur sortir des yeux. Aucun mot d’amour, aucun mot sexuel, aucune imagination au-delà du missionnaire et de la levrette. Le tambour devient effréné, la guitare se met de la partie, on dirait comme un roman qui dès la première phrase te met K.O. Quel uppercut !
J’ai envie de danser. Je ne sais pas danser mais je préfère me dire que la chambre est trop petite et que je n’aime pas danser sans toi. Il me vient cette chanson de Zenglen que je sais que tu aimes et que je t’avais envoyée M swete l danse l. Je voudrais ouvrir ma radio trouver une émission de dédicaces et te dédicacer cette chanson. Sortir sous la pluie, comme dans les clips vidéo et danser en t’imaginant faisant pareil de là où tu es. Je t’écris pour ne pas oublier tout cela à notre prochain appel. J’essaie de bien choisir mes mots, ayant la langue marmottant comme un gamin de primaire qui ne connait pas le vocabulaire pour un tableau d’un grand artiste qui avait peint pour ne pas mourir et dont le tableau se retrouve aujourd’hui au musée, comme cet enfant devant ce tableau ne sachant trop ce que veut dire ces formes improbables mais trouvant cela magnifique mais disant que c’est beau, c’est magnifique et s’arrêtant là pour ne pas dire n’importe quoi.

Wilbert FORTUNÉ

Publicités

Le Temps Littéraire Tout afficher

Magazine d'art, de littérature et des idées

One thought on “Lettre à D Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :