Publicités
Accéder au contenu principal

La fatalité du destin

Et si tout ce qui nous arrivait de bien ou de mal ici-bas était écrit là-haut?
Le destin semble aujourd’hui un thème dépassé. Avec l’explosion de l’esprit critique et scientifique dans un monde de plus en plus modernisé, la diminution de la superstition dans les pays en voie de développement ; il est remplacé par des thèmes tels que le déterminisme, la nécessité ou le hasard. On ne croit plus dans un monde ordonné par des forces mystérieuses où tout événement vise une finalité. A tout ce qui se présente, la science et la raison nous apporte des explications ramenant cause à effet. Pour certains cependant, que ce soit dans les milieux profanes ou dans la littérature, du moment qu’il s’agit de rechercher un sens aux choses de la vie et au monde elle-même, le destin se présente encore comme une bonne réponse à l’explication des aléas de la vie.

Les Normes / CP : mythologica.fr

La croyance au destin fut-elle liée à celle en des forces surnaturelles, puissance mystérieuse qui fixe d’avance le cours et les aboutissements des événements et voire même qui fixe l’ordre de la nature, indépendamment de la volonté de l’homme. Le terme fut déjà utilisé dans la mythologie grecque et romaine antique, représenté par la figure de trois divinités, Les Parques et les Moires, filant la destinée de chaque homme. Aujourd’hui il est utilisé allusivement pour désigner le sort de chacun, la chance ou la malchance sur laquelle personne n’a de pouvoir. Ainsi dans l’antiquité et aujourd’hui encore, le destin semble lié à une idée de fatalité. Quel peut donc être la place de la volonté humaine dans un tel schéma ? « Est-ce nous qui menons le destin ou est-ce le destin qui nous mène ? » ; Aucun homme ne choisit ce qui lui est transmis par les générations passées au moyen des gènes, ni l’environnement où il grandit, ni sa culture et l’éducation qu’il reçoit dès son jeune âge, ce qui exerce pourtant de grandes influences sur sa vie : « Destin, hérédité, éducation, où commence une chose et où finit l’autre ? » Certaines réponses nous sont apportées par la littérature.

Jacques le fataliste est un récit de Denis Diderot où l’auteur présente un singulier personnage, qui a recours au destin pour expliquer les divers incidents qu’il rencontre, lui et son maitre, le long de leur voyage. Voyage dont le lecteur ignore le but. Il en est de même dans la vie : Sait-on jamais ou l’on va ? Ce qui importe c’est que le personnage transmet à son maitre la sagesse quil a lui-même reçu de son capitaine : « Tout ce qui nous arrive de bien ou de mal ici-bas était écrit là-haut », un enseignement de la fatalité. Fataliste est celui qui croit que tout est déjà prévu par une force qui nous dépasse, le bonheur comme le malheur, le succès comme l’échec et que quoi que l’on fasse on ne peut éviter ce qui doit arriver. Et si telle assertion pourrait pousser au désespoir, la sagesse de Jacques veut que l’on ne s’émeuve de rien, que l’on adopte le même état d’esprit devant le bonheur ou le malheur.

Outre l’idée de prédestination qui impliquerait l’action dune puissance supérieure, il serait également possible d’expliquer les événements par le hasard ou le simple concours de circonstances. Ce n’est qu’avec le recul, l’observation qu’on puisse réaliser que tout a été ligué en vue d’une fin, que l’ensemble des événements que l’on pourrait attribuer au hasard se dessine en réseau et s’organise à la vue de l’homme, et lui permet de pressentir une certaine intention dans la fin. Gabriel Garcia Marquez dans Chronique dune mort annoncée nous offre un exemple du caractère fatal et violent du destin ; il reconstitue les conditions et les événements entourant l’assassinat d’un homme, Santiago Nassar. Santiago Nassar est embarqué à son insu dans une affaire d’honneur, de laquelle il meurt d’une mort annoncée, prédite, connue par tous, bien avant qu’ait lieu le drame, mais malgré tout inévitable. Il peut sembler injuste que  la vie ait pu « recourir à tant de hasards interdits en littérature pour qu’une mort aussi annoncée ait pu se réaliser sans faux pas ». Le désir et la volonté d’empêcher ce qui fut si bien prévu ne parait, en certaines circonstances, que l’instrument du destin pour permettre au sort de se réaliser.

N’y aurait-il donc pas moyen d’échapper au destin ? Suzanna Tamaro dans Va où ton cœur te porte s’écarte de l’idée selon laquelle le destin serait « tout puissant et que l’effort de la volonté ne serait qu’un prétexte », tel que nous le rapporte la mythologie et la pensée grecque (stoïcienne) ; elle nous donne une nouvelle conception du destin que l’on retrouve dans la mythologie scandinave antique et la religion des peuples du Nord. Également présentée sous les figures de trois divinités Les Nornes, tissant la destinée des dieux et des hommes, le destin dépend des actions posées à chaque instant. Le passé et le présent déterminent l’avenir. Cependant Tamaro n’ignore pas les conséquences de l’hérédité et de l’éducation, tout cela semble pour elle participer à la destinée de l’homme et ce n’est pas facile d’y échapper…pas facile déchapper à ce que nous impose notre milieu d’origine, à ce que nous lègue nos parents, aux actions que l’on a posées dans le passé ou des choix que l’on fait aujourd’hui. Mais l’effort de volonté de l’homme n’est pas nulle dans ce cas ; L’erreur que l’on fait c’est de croire que « la vie est immuable », imposante dans sa fatalité. « Briser un maillon, faire entrer dans la pièce un air différent, cest là […] le minuscule secret du cycle des vies » et c’est également là, l’espoir de la liberté dans un univers régi par le destin.

Sterlane M. Mathelier

Publicités

Le Temps Littéraire Tout afficher

Magazine d'art, de littérature et des idées

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :