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Legs édition, pour une contre-histoire de la littérature haïtienne

Entrevue | Le Temps Littéraire part à la rencontre des acteurs-trices de l’objet-livre : auteurs-trices, éditeurs-trices, bouquinistes, critiques littéraires, etc. afin d’explorer le parcours de l’idée d’écriture jusqu’à la réception du texte. Nous avons rencontré Mirline PIERRE pour le compte de Legs édition, une maison d’édition haïtienne spécialisée dans la publication de textes littéraires haïtiens et francophones.

Par Wilbert FORTUNÉ

1- A côté du dynamisme de Legs édition, vous semblez vouloir développer une maison d’édition (haïtienne), qu’est-ce qui explique ce choix?

Mirline Pierre : LEGS ÉDITION est une maison d’édition basée en Haïti spécialisée dans la publication de textes littéraires haïtiens et francophones. Outre la réédition des textes classiques qui est censée être le point focal de la maison, nous publions également des textes d’écrivains contemporains, des livres jeunesse et de la critique. LEGS ÉDITION fait partie d’un vaste projet –le projet LEGS qui comprend à la fois l’Association Legs et Littérature (ALEL), la revue Legs et Littérature et la maison d’édition (voir http://www.legsedition.net).
Le choix de fonder la maison d’édition résulte d’un constat. Il s’agissait pour nous, d’une part, de répondre à un besoin, de combler un vide en ce qui a trait à l’enseignement de la littérature haïtienne et promouvoir les auteurs classiques. Il est vrai que l’on a toujours parlé de la nécessité de reformer le système éducatif haïtien, que l’on ne cesse de réclamer de meilleures conditions de travail dans les écoles publiques, qu’il y ait de professeurs compétents dans le système et tout le reste. Mais toujours est-il que la question des livres dans les écoles, l’existence de bibliothèques, – je ne parle pas des manuels scolaires –mais des textes littéraires d’auteurs classiques qui sont étudiés et enseignés dans les écoles, de préférence au secondaire a toujours été le cadet des soucis des gérontes du système. D’où notre intention de vouloir combler ce vide en rendant les textes classiques disponibles autant pour le compte des écoliers que celui des enseignants.
D’autre part, le discours sur la production littéraire –entendre par-là la critique littéraire – n’est pas renouvelé et se trouve confiné dans une sorte de léthargie quand il ne s’égare pas dans des affaires d’amitié, de clan ou, de groupe. Et de plus, nous avons voulu écrire une contre-histoire de la littérature haïtienne en mettant l’accent sur les textes, les considérations esthétiques, théoriques et thématiques en dehors de toute conception biographique, idéologique, de classes contrairement à ce qui a été prôné par Pradel Pompilus et consorts. L’idée est donc d’oser, de proposer et de renouveler pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases.

Il est vrai que l’on a toujours parlé de la nécessité de reformer le système éducatif haïtien, que l’on ne cesse de réclamer de meilleures conditions de travail dans les écoles publiques, qu’il y ait de professeurs compétents dans le système et tout le reste. Mais toujours est-il que la question des livres dans les écoles, l’existence de bibliothèques, – je ne parle pas des manuels scolaires –mais des textes littéraires d’auteurs classiques qui sont étudiés et enseignés dans les écoles, de préférence au secondaire a toujours été le cadet des soucis des gérontes du système

2– On remarque que des universitaires à la direction de l’édition, serait-ce un constat de manque de rigueur dans la confection de l’objet-livre en Haïti ?
M.P. : Des universitaires, oui, il y en a au sein de la revue Legs et Littérature surtout parce que c’est une revue universitaire ou académique si vous voulez. Nous sommes dans la recherche, nous ne saurions nous permettre de publier n’importe quoi, c’est donc une communauté qui a ses normes, ses règles. Il est donc une obligation de faire les choses avec rigueur et selon les règles de l’art. Sachez aussi que nous valorisons les compétences, le professionnalisme. Il nous faire avec des gens qui sont formés, qui ont un profil correspondant à ce que nous voulons faire.
Comme vous le soulignez, un livre est un objet avant tout, il doit être beau, bien fait pour pouvoir attirer du monde. Et de plus, nous ne pouvons pas nous permettre de publier n’importe quoi. Pour ce faire, il nous faut des lecteurs au sein de la maison d’édition pour se charger de la lecture/révision des manuscrits. Ça doit être des gens formés et qui ont un capital littéraire. Tout ceci pour vous dire que si nous voulons garder un certain standard, il nous faut des personnes de cette catégorie. Malheureusement, en Haïti, il existe une tendance qui laisse croire que n’importe qui peut faire ou devenir n’importe quoi même sans avoir été à l’école ou sans avoir eu une formation au préalable. Nous sommes dans un pays où malheureusement, on ne priorise ou ne valorise pas les savoirs, nous, nous ne sommes pas dans cette dynamique. Tout comme il existe des codes dans les sociétés, chaque métier, chaque domaine a ses normes, ses codes, il faut avoir été quelque part (à l’école, à l’université) pour les connaître pour pouvoir bien faire et bien agir.

3- Vous assurez une grande présence dans les salons de la littérature et du livre à l’international (notamment en Europe), dites-nous votre bonheur d’échanger sur l’édition et de positionner vos livres dans ces lieux du monde?
M.P. : En effet, nous avons une certaine présence vu notre participation à certaines foires du livre entre autres Paris, Francfort, Abidjan, Istanbul et dans certaines villes des États-Unis. C’est un grand plaisir pour nous de prendre part à ces évènements pour promouvoir le livre haïtien et aussi pour pouvoir échanger avec d’autres éditeurs, agents littéraires et des professionnels du livre d’ailleurs. C’est le moment de profiter de ces partages d’expériences, de nouer des relations/collaborations, d’élargir un peu notre réseau et surtout d’acquérir de nouvelles manières de faire et de voir le monde de l’édition. Vous savez, allez à la rencontre de l’autre est un grand plaisir pour nous. Cela nous permet de nous ouvrir, de ne pas rester enfermés dans notre petit monde sans savoir ce qui se fait ailleurs. Ces rencontres nous permettent de nous améliorer davantage, de faire les choses mieux et de mieux comprendre le métier d’éditeur, en particulier, et les métiers du livre en général.

4- Il y a toute une collection qui présente des personnages importants de l’histoire, d’où est partie cette idée et quelles en sont les retombées ?
M.P. : Vous voulez bien parler de la collection Jeunesse au sein de laquelle il y a une sous-collection dénommée Je découvre… qui présente des personnages célèbres ou importants de l’histoire. L’idée est de proposer aux enfants des modèles (de réussite) qu’ils peuvent suivre – vous savez, on a dit toujours dit que nous n’avons pas de modèles dans la société haïtienne. Nous savons très bien que ce n’est pas vrai, les modèles sont là, nous avons tout simplement choisi de les ignorer pour verser dans la facilité, dans la médiocrité et tout ce qui va avec quand on ne choisit pas de cracher sur les compétences. Nous, nous avons choisi de faire les choses autrement en les présentant aux enfants, question de les inspirer, de leur donner des repères en les invitant à marcher sur les traces de ces personnages. C’est aussi un prétexte pour susciter le goût et l’amour de la lecture chez eux. Fait avec des dessins, les livres de cette collection ont aussi une portée ludique et pédagogique. À la fin de chaque chapitre, l’enfant est invité à récréer l’histoire par le biais des différentes rubriques (Mon petit dictionnaire, Je m’entraîne, Je réfléchis) qui lui sont proposées. Donc, en lisant, l’enfant découvre, apprend et participe aussi à sa formation.

5- De plus en plus, on voit apparaître des auteurs étrangers dans vos collections, est-ce toujours cette volonté d’une maison qui s’affirme partout sur la planète ?
M.P. : Comme mentionné plus haut, nous sommes ouverts au monde et aux autres. Haïti fait partie de la francophonie, oui. Eh bien, nous publions aussi les auteurs francophones/français qui proposent des textes qui entrent dans notre ligne éditoriale. Nous ne pouvons pas rester fermer sur nous-mêmes, nous nous ouvrons de plus en plus aux autres. La littérature à elle seule constitue un petit monde, si nous cherchons à nous faire connaitre des autres, je crois que nous devons aussi chercher à faire connaitre les autres. C’est une façon pour nous d’établir un pont entre nous et les nous pour pouvoir mieux communiquer.

6- Y aurait-il d’autres éditeurs dont le travail vous intéresse ?
M.P. : Nous sommes intéressés à une pléiade d’éditeurs dont le travail nous tient à cœur. C’est pourquoi nous essayons de développer certains rapports avec eux. Nous avons développé de bonnes relations avec Sabine Wespieser qui manifeste un grand intérêt pour la littérature haïtienne. Au sein de l’Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants (www.alliance-editeurs.org) qui est un collectif de professionnel réunissant plus de 750 maisons d’éditions indépendantes, nous suivons de près le travail de nombreux d’éditeurs francophones qui se battent pour la circulation du livre dans le monde francophone et aussi à promouvoir et faire vivre la bibliodiversité. Ce qui nous permet d’échanger et d’initier des collaborations et aussi de renforcer nos capacités pour mieux aborder les questions et faire face aux nouveaux défis du monde de l’édition.

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