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Dire la faille : Le temps, dira-t-on que c’est notre ennemis ou notre allié ?Dire la faille :

Série 2 : 10 ans plus tard. Les blessures sont encore à vif. Les failles nous traversent de part en part, nous colmatons en espérant que cela tienne. Le souvenir des disparus est, semble-t-il, le seul réconfort des vivants. La littérature tient lieu de thérapie, nous avons voulu donner un espace où l’expression de ces rivières mal contenues était possible et réparatrice. Il s’agit de failles énormes, fruits de traumatismes pérennes. Ces personnes ont répondu à notre appel et nous les remercions de cet acte d’amour. Ils partagent avec tout un chacun leur ressenti dans des mots de sang et de larmes. Obed Sanon se livre à nous.

Le temps, dira-t-on que c’est notre ennemis ou notre allié ? Rien n’échappe au temps, il est vigilance absolue. Il est partout, c’est à partir de ce dernier que nous nous repérons dans l’espace : tout passé fut présent un jour et tout présent est cause d’un futur à en devenir. Mais il y a des moments, des instants qu’on a vécu qui s’enracinent en nous, dans notre imaginaire collectif de sorte que le temps n’y fait point effet : c’est un passé qui n’est plus passé, parce qu’il s’actualise sans cesse dans le présent, il n’est jamais frappé par l’oublie parce que tout dans l’environnement renvoie à lui. 12 janvier 2010, 16 h 53 mn 10,4 s, 7.0 à 7.3 (Mw) de magnitude. Voici l’enregistrement d’un lourd supplice qui n’en finit pas, un instant sauvegardé dans le temps auquel il n’y fait point effet. Le commencement d’une tragédie, sans l’intervention des mains baladeuses des Dieux de l’Olympe sur l’échiquier de notre existence, sans mise en scène théâtrale, sans lettres ni de mots mais regorgée de maux qui s’exhalent par la vibration excessive de nos cris, l’écrasante mer de sang qui submerge la capitale et nos campagnes : sombre tableau !

Nous nous sommes tous levés ce matin de 12 janvier 2010 avec nos habitudes quotidiennes, la matinée était calme l’on se doutait que l’après-midi serait mouvementé, mouvementé à un point dont personne n’aurait pu douter, même nos structures les plus solides se mirent à bouger. La terre se mouvait sous nos pieds : plus d’assises, plus de frottement, pour la première fois, on avait la sensation d’être en mer en pleine tempête sur terre ; maison et gens tous flottant ; notre avenir, nos vies tous flottant. Ça à durer 45 s, en 45 secondes seulement la terre était mer, et c’est de là qu’une flopée de gens vont laisser leur peau : catastrophe. Quand tout le monde flottait involontairement, on n’avait pas le temps de vérifier qui le fait et ne le fait pas avec nous, c’est après qu’on ait pu vérifier qui ne pourrait plus le faire volontairement, parce qu’ils étaient soit coincé sous les décombres d’édifices effondrés, soit parce qu’ils n’avaient plus en eux le souffle de la vie. Les familles se mirent au comptage afin de vérifier qui n’était pas là, et à chaque fois que l’un d’entre eux faisait apparition, on y faisait encore le compte pour vérifier si c’était belle et bien lui : il était plus facile de croire quelqu’un qu’un mort que vivant ; tous ceux qui n’étaient pas sous nos yeux étaient présupposés morts. On ne faisait que compter et l’on à compter bien des sans vie ! Presque chacun a au moins perdu une personne qui lui était chère. Étant rescapé, comment espérer vivre après une telle tragédie ?

Le tremblement de terre du 12 nous a montrés à quel point on est vulnérable : d’une, part parce qu’on est un pays appauvri, nos infrastructures ne répondaient pas aux normes parasismiques devant supporter de telles secousses, même si elle l’était et n’avais pas pu résister. À cause de la quasi-inexistence d’un système sanitaire moderne, de systèmes de premier secours, ce qui a été comme des événements presqu’anodins pour certains sera pour nous des catastrophes. D’autres part, ça nous a permis de constatater à quel point, nous, les hommes, n’étaient pas préparer aux fatalités malgré les tous efforts déployés par nous pour les contourner, comme si la crainte des fatalités faisait notre condition d’hommes. Face à cette situation d’angoisse généralisée, la nation haïtienne a répondu par la solidarité, comme si le moi avait disparu pour faire place au nous, l’individu et la société se confondait, on avait qu’une âme, et une arme : le « tèt ansanb » peut-etre que ces événements nous ont fait enfin compris que nos déstins étaient réellement soudés, va savoir ? Si était-ce le cas ça n’a pas fait long feu.

De temps en temps, tout s’agite, structure en béton n’était pas exempt, la bête nous rappelait à chaque fois qu’elle était là (goudougou). C’est pourquoi, d’aucuns s’arrangeaient pour se trouver un coin dans la rue pour passer la nuit et même toute la journée parfois, pour la première fois dehors, à la belle étoile, était plus sollicité que sous son toit, tout le monde s’empressait comme si c’était un hôtel où il y aurait bientôt plus de chambre ; nous sommes devenus des colocataires des sans abris, occasion pour nous de comprendre dans quel pétrin ils étaient, non ? Il n’y avait plus de classe sociale, elles se sont fondues au feu de la « catastrophe ». Pêle-mêle de gens et de tente : une société de sans-abris et puisque l’on était déjà dans un pays où l’État se fout bien de beaucoup de choses, ce ne sont pas ces séismes qui vont changer la donne. Et ça à durer trop longtemps dans ces petites communautés de sans-abris. Après des mois du fait que la rue était très vaste, au contact de gens de toute sorte de nouveaux phénomènes sociaux apparaîtront et d’autres s’ampliefiront. C’est ainsi que les séismes se succèdent.

Haïti a connu, au cours du tremblement de terre de pertes énormes en vie un humaine. Mais aussi sur le plan économique étant déjà en difficulté sur ce point. Ça été l’occasion pour l’international impérialiste de faire un coup d’œil sur leur arrière cours, leur poubelle, voyant s’il n’y avait pas quelque matière à recycler par compassion. Ainsi, ils nous ont bombardé d’ONG venant de toute part, certaines fictives, d’autre dont à l’impression d’être créé quelque minute même après l’événement regretable. Ces ONG n’ont fait qu’encourager et agrandir la société sans abris. Ce qui a eu pour résultat une multiplication incessante de communauté vivant sous les tentes. Étant là, l’unité de la famille fut brisée, le contrôle parental affaibli ce qui produisent deux conséquences fâcheuses intriquées : la création et l’augmentation de gangs armés au sein de ses communauté qui entraîne à son tour des violence de toute sorte dont le viole qui conduit la prolifération des grosses précoces. On assiste au fait que des enfants mettent des enfants au monde. Tout ça ne fait qu’augmenter la situation de misère qui gangrène le pays. Pendant ce temps, les fonds débloqués par l’État à titre de dons et ceux du CIRH ont fait fond. En ce sens, l’État et l’international impérialiste sont des magiciens, ils sont doués à faire disparaitre ce qui ne leur appartient pas. À suivre…
C’est le deuxième séisme qu’à connu le pays.

Le troisième séisme était plus volontairement que les deux premiers. Il résulte de la passivité du peuple haïtien. Les deux premiers ne sont pas sans conséquences sur celui-ci. Il a été encore plus atroce : parce que à terre, déjà KO la nation ne pouvait plus recevoir de coup de ses «fils». Toujours dans le dessein funeste de l’impérialisme à notre égard, ils nous ont donné un dernier coup de pied sur la gueule, étant KO, pendant qu’ils était bottés de fer : celle du PHTK. Après tant de désespoir, de déboire, on avait au moins une occasion de se relever enfin, mais le peuple à oublier que l’État n’avait pas mis en tiroirs ces talents de magicien, pas plus que c’était le domaine même des Phtekistes. Absence de vigilance de votre part, peuple. Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ; le peuple haïtien à oublier la route menant sur le champ de bataille, mais pas ses talents de guerrier.

En ce temps de deuil national, gardons une pensée chère de nos disparus : Barès l’avait compris : « Pour faire une nation, il faut des cimetières et un enseignement d’histoire.» Mais surtout un désir de préservé la communauté ; un intérêt commun : la patrie. 12 janvier 2010 nous a montré qu’on a toujours de l’humanité en nous ; qu’on peut à nouveau se sacrifier pour un intérêt collectif et cette fois-ci pas éphémère, mais permanent.

Au nom du peuple, ceux qui ne sont plus, ceux qui sont là, et ceux qui auront à être

Obed Sanon
!

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