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Qu’est ce que la nudité?

C’est l’interrogation la plus simple à laquelle l’esprit peut prétendre répondre sans pouvoir pour autant comprendre toutes les difficultés, dans les conditions possibles, qui s’insèrent dans une telle question. Le plaisir et le déplaisir sont les deux conditions auxquelles notre corps est exposé. Dans un langage spinozien, nous devrions dire que ces deux instances sont la joie et la tristesse. Et ce qui est la détermination de la nudité serait, dans une certaine mesure, qui, toutefois, n’exclut pas la douleur, c’est toujours l’affection de la joie ; de telle sorte que mon corps est affecté par la nudité de l’autre. D’où la question serait d’une toute autre nature si j’entends la nudité à la négative, c’est-à-dire si celle-ci n’est pas une affection de déplaisir qui affecte l’esprit de manière quelle soit dans la tristesse. Ainsi l’interrogation devient compliquer que je me demande, avec toute destruction que cela impliquerait, est ce que la nudité ne s’acquiert pas à partir, à chaque instant, d’une représentation de l’envie du corps de l’autre ?

Source : major-prepa.com

« Le phénomène peut être étudié et décrit en tant que tel, car il est absolument indicatif de lui-même. »
Jean Paul Sartre, L’être et le Néant

L’envie est un désir qui augmente la tristesse de celui qui s’imagine que son plaisir dépend d’un objet (phénomène) ou d’un sens externes. Il fallait avouer que ce niveau auquel la nudité se rapporte ne dit rien sur elle-même, mais sur sa représentation dans la conscience individuelle.
Comment expliquer la représentation de la nudité comme envie mettant toujours la mémoire de l’autre comme une appréhension d’un événement ? On devrait simplement rétorquer que c’est l’espace du nudisme et non de la nudité. La nudité est elle une donnée ? La nudité est un perçu dans la mesure, seulement, où elle nous est donnée à travers un vécu qui, par la successivité de l’habitude et de la mémoire, dépendrait que de notre expérience ; ainsi la nudité n’est pas un a priori. C’est par expérience qu’elle devienne une envie et c’est par elle seule que nous pouvions inférer par analogie une nudité par rapport à une autre. Par conséquent, malgré l’habitude, la nudité nous frappe toujours comme un événement, c’est-à-dire quelque chose qui arrive qu’une fois et qu’on devrait en profiter. Du coup, ce phénomène est un facteur essentiel dans la dignité de la personne humaine.
La nudité est le premier moyen par lequel l’enfant utilise sa conscience pour se reconnaitre en tant qu’un je c’est à dire comme une instance par qui le monde commence. Et cette habitude devient permanent avec l’âge qui fait que le corps mérite une attention particulière dans le but de déterminer le pouvoir du corps : le corps peut quelque chose. A partir de cette logique, le pouvoir du corps donne à la nudité son aspectualisation politique. La nudité dans l’espace public est la forme la plus violente d’une revendication dans la mesure, toutefois, où on expose la représentation au pouvoir d’un corps nu, c’est-à-dire à un spectacle de l’éthique de la dignité humaine.
Mais pourquoi la nudité participe -t-elle de l’éthique de la dignité de la vie humaine, est ce l’enthousiasme du regard sur l’évenementialité de la nudité où une simple apparence illusoire de l’esthéticité du corps humain. C’est le problème autour duquel tourne la pensée de la nudité, d’une part la morale qui la protège afin de ne pas la confondre avec l’animalité, et de l’autre la sensibilité du regard qui la met au rang du sacré.
Ce qui est divinatrice dans la nudité c’est parce qu’elle ne laisse aucune place à la raison, mais se déploie instinctivement par la force que le corps nu renvoie dans le temps. Or le travail est le propre de la nudité, c’est-à-dire comme le cordonnier travaille ses chaussures en vue d’une utilité humaine c’est de même que celui qui veut faire de son corps nu une chose utile doit nécessairement projeter une représentation excitante de son corps. Comment explique-t-on cette capacité à travailler sa nudité tout en connaissant que toute sa force réside dans sa capacité instinctive ? Ainsi nous sommes en face d’un paradoxe qui plonge toute tentative d’approchement du corps nu comme une quelconque forme d’aliénation. Celle-ci vient du fait que le travail du corps nu ne se réalise pas pour soi-même, mais juste pour attirer la sensibilité de l’autre ; le produit, donc, de ce travail de la nudité, toutefois, fait, d’une mesure certaine, que ce travail n’appartienne pas au producteur mais à un maitre fictif qui le dépasse. D’où la nudité d’un individu lui est toujours étrangère.
Cela étant, dans le travail du corps nu à partir duquel le regard en est la clef de voute, la distance se projette comme la mesure du quantum d’aliénation qui pourrait remplir la nudité. Ainsi la distance consiste dans la vitesse de la représentation par rapport au temps. Comme le temps est stable c’est la vitesse qui est véritablement le fondement de toute aliénation du corps nu. Et c’est à travers laquelle la performance est possible. Par conséquent, toute nudité requiert un travail de la représentation par laquelle la vitesse se joue afin que, à mesure que se développe une telle vitesse, l’être même de la nudité soit étranger par rapport à son essence.
L’enjeu d’une telle aliénation met en procès la représentation du corps nu et lequel procès est politique dans la mesure, seulement, où le perçu, on le sait tous, est un pure produit de la culture de masse. Et on touche le fond, sans prétention aucune, quand on saisi la politique à travers laquelle la culture de masse impose la nudité. Cette politique c’est la création du désir de voir et laquelle création établit une contrainte d’une certaine forme de corps, or pour en arriver à ce corps (de rêve) il y a toute une industrie qui travaille cette propagande de cette forme de corps nu. Et voila, par la limite imposée par cette industrie, toute une série de représentation de la nudité, et à chaque fois on imagine un corps nu notre perception fait référence à ce désir créé. Dans cette logique on doit avouer que le corps nu n’existe que dans le désir créé par l’autre. Par conséquent, la perception du corps nu ne nous appartient pas, et il faut, afin de dépasser cette aliénation, dire ce qui est le substrat de la nudité c’est-à-dire non pas ses état et ce qui vient ajouter à son compte mais son être permanent.
Etant que donnée le corps nu n’est pas corruptible (de manière générale), mais comme être individuel, cependant, il est passible de corruption. C’est dans son être individuel qu’on regarde toujours le corps nu et ceci par son activité dans le temps c’est-à-dire son écoulement à travers le temps. Mais il y a aussi l’espace que ce corps occupe, l’industrie nous dit que celui-ci devrait occuper moins de place que possible dans l’espace. A chaque fois qu’on essaie de saisir l’individualité du corps nu on est toujours dans le désir de l’autre, et ce qui propage la prétention qu’il peut y avoir des corps nus moins beaux que d’autres. Ainsi pour sortir de cette création perverse on doit penser la nudité par son généralité. Celle-ci définit toute l’esthéticité du corps nu que seule la perception individuelle nous permettrait de saisir la nudité comme notre propre désir de représentation. La nudité est le corps dans son expression la plus simple.

Patrick OSNER

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One thought on “Qu’est ce que la nudité? Laisser un commentaire

  1. Cet exposé est intéressant. Je n’avais jamais vu la nudité sous l’angle d’un « travail. On est aussi en droit de s’interroger sur tous ces petits paradoxes qui sont semés ça et là dans le texte. Comment dire que  » la nudité d’un individu lui est toujours étrangère » quand la nudité relève « de la conscience individuelle » et que  » C’est dans son être individuel qu’on regarde toujours le corps nu »
    Ne faut-il pas déjà avoir conscience de soi-même avant de prendre conscience de [la nudité de] l’autre ?
    Je partage l’avis que  » La nudité est le corps dans son expression la plus simple. » Alors, comment la rendre comme un « événement » éphémère, unique ? (« la nudité nous frappe toujours comme un événement, c’est-à-dire quelque chose qui arrive qu’une fois et qu’on devrait en profiter ».) La nudité (ou le nudisme ?) est ce qui nous compose. C’est notre essence. Là encore, on croit se heurter à des oppositions naturelles chez l’homme (instinct/envie/désir et naturel/contrainte/travail) et complémentaires. Le nu arrive donc à être si tendancieux… C’est un très beau sujet, en tout cas, pour ne pas dire que la nudité est un objet.

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