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Huis clos de Jean-Paul Sartre

Sonnette capricieuse, lampe sans interrupteur, trois fauteuils. Voilà le décor du salon style empire, ayant un bronze sur la cheminée où se déroulent, en un seul acte, les scènes de ce théâtre philosophique, symbolique de l’existentialisme que Jean-Paul Sartre a présenté pour la première fois au Théâtre du Vieux-Colombier en mai 1944 et a publié en France dans l’année 1947, sous l’égide des éditions Gallimard.

Source : vidéo YouTube postée par Xavier LANDGRAF



Inès Serrano, Estelle Rigault, Joseph Garcin et Le Garçon. Uniquement ces quatre personnages qui bougent tout au long de cette pièce de théâtre. Si Le Garçon disparait de la pièce depuis la scène IV, les autres tiennent coup jusqu’à la fin.

Le Garçon est celui qui est chargé d’amener simultanément Garcin, Inès et Estelle au salon. Le premier et lui en ont discuté autour et ne l’a pas épargné de ses questions bizarres : où sont les pals ? Les grils, les entonnoirs de cuir ? Pas de glaces ? Pas de fenêtres ? Existe –t-il d’autres chambres pareilles ? Le Garçon, comme un arbitre, les a tous déposés sur le terrain et a sifflé pour que ça débute. Puis, il s’en va.

Stupéfaction et exotisme. Personne ne reconnait personne. Le salon représente une sorte de séjour des morts (au sens christique du terme). Un lieu où ils doivent s’entretenir, se cherche à avoir confiance l’un en l’autre pour s’échapper de l’enfer qui les attend. Ils ont commencé par vider leur cœur (la confiance l’exige) pour raconter comment ils sont morts, qu’est-ce qu’ils fabriquaient, auparavant sur terre. Garcin était journaliste dans un journal pacifiste au Brésil à Rio, il a été criblé par douze balles pour ces idéologies. Qui pis est, ses amis.e.s le traitent de lâche pour avoir tenté de fuir la guerre. Inès, lesbienne, a tué trois personnes : Florence, un homme puis elle. Estelle, la plus petite d’entre eux, avait été en pleine ceinture malgré elle, alors que son mari Robert voulait d’un enfant. Un jour, elle a jeté l’enfant du balcon, au-dessus d’un lac, sur une grosse pierre.

Tout le monde se sert de l’histoire, de la faiblesse de l’autre pour le manipuler. Ils croient que le sort de l’un repose entre les mains de l’autre (une sorte de dépendance), que l’un soit le bourreau de l’autre, ils se culpabilisent tout en cherchant la consolation de l’autre. De là étant vient la fameuse phrase de Sartre qui a beau susciter tant de débats : L’enfer , c’est les autres.

Phrase que Jean-Paul Sartre va élucider, plus tard, en 1964, -à cause des nombreuses mésinterprétations qu’elle a connues-, en écrivant : « ‘’L’enfer , c’est les autres’’ a été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés. Or, c’est toute autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaitre, au fond nous usons des connaissances que les autres ont sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais, cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. »

Krisvinan JOSEPH (Christo)

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