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Festival Quatre Chemins : 16 ans de théâtre et de réussite (deuxième partie)

Le Temps Littéraire s’intéresse au long parcours (quand on pense au contexte sociopolitique du pays) du festival Quatre Chemins qui, au fil des ans, s’est construit une réputation internationale et a permis l’émergence de différentes troupes de théâtre, de structures, d’acteurs et d’autres festivals. Nous tenterons de modeler pour le lecteur toute la légende et le mérite de ce festival par son histoire et ses déboires, ses grandes joies et ses réalisations, nous nous plongeons dans les archives de ce festival afin de vous faire apprécier autrement l’épopée d’une construction qui n’en finit pas de faire le bonheur des uns et des autres. Il s’agit dans cette deuxième partie de faire le récit des dix premières années du festival.

10 premières années du festival
Il y a tous les jours des projets qui se lancent et qui meurent, pas parce que les initiateurs n’y croient plus mais parce que les méandres de la vie nous poussent vers d’autres défis ou parce que les moyens de continuer manquent. Le festival 4 Chemins a tenu et tient le coup. C’est un événement international qui rassemble les générations autour de cet art de la scène. L’envie de proposer autre chose que la plate réalité, laide et sans espoir, a guidé le festival qui, par exemple en 2006, alors que les bruits d’émeutes gonflaient au Champs de Mars faisait jouer Ubu Roi d’Alfred Jarry, au Rex. La pièce a été jouée par la troupe Dramart de Rolando Etienne. Rolando Etienne qui a suivi la première édition du festival et y participe depuis 15 ans. La pièce a été jouée dans une salle à l’acoustique mauvaise et perturbée par les bruits des émeutiers mais la légende veut qu’on croit que la voie des acteurs portaient jusqu’à la dernière rangée de chaises dans une salle pouvant accueillir 800 personnes.

CP : site du festival / Ubu Roi d’Alfred Jarry, monté par la troupe Dramart de Rolando Etienne

Lire la première partie du dossier ici

En 2007, la compagnie Foudizè Théâtre met en scène un personnage haut en couleur de Maurice Sixto, Gwo Moso, personnage burlesque et mouvant de la société haïtienne. C’est une façon de rappeler une mentalité en perpétuelle mutation que nous côtoyons au jour le jour. Cette adaptation et la mise en scène seront signées Billy Elucien (membre du festival Kont Anba Tonèl) et Albert Moléon. Jovaski Réjouis trouvera le moyen en 2009 de transmettre la magie de la poésie de Mahmoud Darwich en montant Mémoire blessée d’après Une mémoire pour l’oubli au lycée des Jeunes Filles par une chaleur suffocante.

CP : site du festival / Jovaski Réjouis monte Mémoire blessée d’après Une mémoire pour l’oubli de Mahmoud Darwich


La tragédie du 12 janvier 2010 aura marqué et continue de marquer les esprits d’une inénarrable façon, il n’empêche que le festival s’est tenu et s’était donné pour but de proposer un théâtre plus ouvert sur la rue et l’espace public, aussi un chemin d’ouverture pour les artistes de Port-au-Prince meurtrie par le tremblement. Le festival s’est déroulé cette année entre la Fokal et l’Institut Français en Haïti principalement. Cette même année, alors que Port-au-Prince et ses environs tremblaient, Daniel Marcelin s’était retrouvé en Belgique pour créer son solo Ayiti avec le metteur en scène Philipe Laurent. Il entame malgré le séisme son spectacle depuis un aéroport où il sera bloqué à cause de l’annonce du séisme. La programmation du festival donnera une place à beaucoup de romanciers dont Lyonel Trouillot, Gary Victor, Dany Laferrière et à des poètes comme Georges Castera, Bonel Auguste, Jacques Adler Jean Pierre. Il mettra en scène Louisna Laurent, Pascale Julio, Fifi Lovely.

CP : site du festival / mise en scène de Ayiti de Daniel Marcelin


En 2011, le festival innovera en soutenant la production de deux créations originales proposées par des metteurs en scène. Ces créations devaient questionner le rapport des haïtiens à eux-mêmes et aux autres mais également le rapport à la réalité. Elle continuera sa lancée d’être une vitrine des créations haïtiennes et un moment de formation pour tous commencé en 2010. La neuvième édition du festival (2012) continuera en organisant des spectacles de théâtre de rue, des lectures scéniques, des marionnettes géantes et sa traditionnelle.

Capture d’écran de l’affiche d’une activité de l’édition de 2013 du festival


La dixième édition du festival a été l’occasion de mettre en relation des formes théâtrales et performatives avec d’autres formes d’expression artistique. La dixième édition a été un espace privilégié de réflexion autour du thème Pouvoir mais de manière très libre et innovante, qu’il se situe dans un temps passé ou futur, dans des espaces réelles ou imaginaires, avec des propositions de spectacles réalistes, fantastiques ou merveilleux, avec des histoires réelles ou inventées, avec ou sans texte. L’année 2013 a aussi marqué la fin de la gestion de la direction artistique par, notamment, la Fokal et l’IFH. L’année 2014 verra Guy Régis Junior reprendre les rennes à la demande des précédents organisateurs. Paul Eluard parlait du dur désir de durer, le festival Quatre Chemins a passé le cap des dix ans et a encore de beaux jours devant lui dans un contexte houleux d’instabilités socio-économiques.

Wilbert Fortuné

wilbert9727@gmail.com

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