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Aminatu…

Aminatu,
J’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, mais je n’ai pas pu. C’est parti pour me faire péter le cœur dans une colère sourde, une explosion d’énergie dévastatrice où les dégâts sont des dégâts, et on sait tous les deux – à quelques exceptions près – que ce n’est pas toujours très beau. Du coup, sans trop d’efforts, je me suis ravisé. Plus par paresse que par effort, on va dire. Mais c’est tant mieux.

Crédit Photo : Cédric Thomas

J’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, c’est vrai, mais je n’ai pas pu. Trop stone, peut-être, ou bien à cause des griffes d’une fatigue m’ayant tenu par les reins, là où les vertèbres se plantent. J’avais mal. J’ai mis « Damballah » de RAM aux oreilles, pensant que la posture du serpent m’insufflerait son élan à jouer mon dos, mais rien, je planais déjà trop quand j’ai fait le saut, et puis « The Empyrean » de John Frusciante m’a déjà cousu une route, un son d’une heure et quelques minutes vers d’autres sentiers, d’autres étoiles. Des étoiles perchées sur des cordes, pendant que certaines – sans doute plus jeunes, plus folles – s’amusaient à courir, filer tels des mômes, pieds nus et le sexe pas encore sexe au vent. J’ai laissé rouler les tambours de Damballah, et j’ai pris la route que la guitare de l’Empyrean venait de me coudre. Même si ça impliquait de m’en aller sans faire ce que j’ai passé l’après-midi à vouloir faire. Au moins je te verrais sur mon chemin, il paraît que c’est plus facile d’inventer en plein rêve. Je ne me souviens plus, mais tu as dû être belle en prenant tes délicates tirades dans des clopes volantes, filantes comme ces étoiles-mômes, ou ces mômes-étoiles dans le ciel toujours plus noir, toujours plus clair. C’est vrai que j’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, mais je n’ai pas pu. En me réveillant, jouaient encore les tambours, et les traces de la route cousue s’amenuisaient dans ma tête, le curseur pointait encore sur l’écran lumineux de mon téléphone échoué près de mes hanches. C’est l’aube, la chorale des coqs est sur place. Je fais un saut sur « Haitian Dances » de Frantz Casséus. Sa guitare est reflet de l’aurore qui s’installe. Et je t’y vois. Ainsi donc, ce n’est que maintenant que je t’écris.

Étrangement tien, Caonabo.

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