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Gary Victor, grand maître du polar haïtien

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir | Gary Victor photographié à Montréal en 2009.

Auteur très apprécié autant en Haïti qu’ailleurs, Gary Victor traîne derrière lui une production importante qui par le biais du polar propose une réflexion profonde sur les dérives sociopolitiques et un panorama autour des croyances liées aux religions prépondérantes en Haïti, notamment le vaudou. Il crée tout un monde qui enchante le lectorat mais qui porte à se demander jusqu’où les politiques peuvent pousser le ridicule.

1- Quel rôle joue le polar dans la construction de votre œuvre?


Gary Victor : Le polar est un genre littéraire bien particulier qui a ses propres règles. Le polar pour moi est un genre qui permet très bien d’explorer la partie sombre de l’âme humaine, les allées cachées d’une société. J’aime travailler sur ce qui se passe derrière les murs, quand les rideaux sont tirés, les fenêtres fermées et les lumières éteintes. C’est là que le polar se déploie et je trouve cela fantastique.

2- Y-a-t-il une raison particulière à ce que l’imaginaire vaudouesque accompagne votre univers de créateur ?

GV : La seule raison est que l’imaginaire vaudou est en grande partie notre imaginaire. Nous vivons en plus dans un lieu caractérisé souvent par l’amalgame du réel avec l’imaginaire. Il n’existe plus de frontière entre les deux univers et cela engendre de la beauté mais aussi de la confusion, ce qui est la porte ouverte à toutes les manipulations.

3- Frenand Léger dans un article traitant  de la qualité, la pertinence et le degré de créolisation linguistique à l’œuvre dans vos trois premiers romans dit ceci :  » Après l’examen des trois  premiers romans de G. Victor, nous sommes en mesure de conclure que ce n’est pas tant dans l’esthétique ou dans la beauté stylistique et langagière que réside la valeur des œuvres en question, mais plutôt dans le fait que cet auteur possède une extraordinaire imagination romanesque sans être pour autant déconnecté du réel. G. Victor est, en effet, un conteur dont la verve hors pair s’allie admirablement à de puissantes facultés d’observation et d’analyse du réel ». Qu’est-ce qui est au centre de vos préoccupations lorsque vous entamez l’écriture d’un roman?

GV : J’aime photographier le réel. Un réel empreint d’imaginaires. Je veux traquer la vérité à travers ce semblant de réel qui s’offre à moi. En même temps sortir de ce labyrinthe que peut devenir cet amalgame entre le réel et l’imaginaire.

4- Fernando Pessoa disait que La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas, en quoi la littérature est d’une quelconque utilité dans la volonté de vivre, d’après vous?

GV : La littérature me permet de me dire. De permettre à mes sentiments de s’exprimer. Je me sentirais emprisonné sans la littérature. Je donne du sens à mes émotions. J’explore la vie, je vais au-delà de la vie. La littérature est un navire qui me permet de naviguer sur ces mers où la réalité et l’imaginaire pourraient me faire sombrer dans les plus terribles tempêtes si le gouvernail de ma plume n’était pas à la hauteur.

5-La littérature haïtienne entretient un étroit rapport avec la littérature française, le polar (roman policier) est plutôt répandu dans les milieux anglo-saxons  pourtant vous avez construit votre œuvre de ce lieu, d’où vient cette influence?


GV : Tout jeune j’ai toujours eu un faible pour les auteurs anglo-saxons. Pendant que mes camarades se nourrissaient d’auteurs français, moi je lisais James Hadley Chease, Chester Himes, Lovecraft, Poe, Arthur Conan Doyle, Agatha Christie etc… Tout naturellement j’ai été influencé par cette littérature qui accorde au récit une place prépondérante.

6- Peut-on dire que votre attirance pour les auteurs américains est liée à leur maîtrise du suspense qu’ils entretiennent dans l’écriture du polar?

GV : Il y a bien sûr la maitrise du suspense. Pour cela, il faut tous les ingrédients d’une bonne histoire. J’ai toujours aimé les superbes histoires. Le pur plaisir de la lecture. Voici je crois la principale raison.

7- Vous créez tout un univers qui met à nu le ridicule et l’hilarité de certaines croyances mais aussi les actes des politiques, jusqu’où les politiques peuvent pousser  le ridicule? Et comment la littérature peut contribuer à redresser le cadre social?

GV : Le rôle de la littérature est avant tout de créer de la beauté, de créer un univers ludique. Il permet aussi de mieux comprendre nos différentes réalités. Quand on comprend les réalités, on devient plus conscient et c’est ainsi que la littérature peut permettre de redresser le cadre social.

Propos recueillis par Wilbert Fortuné

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