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Pierre Clitandre: Qu’en est-il de la Notion de Quartier ?

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La ville se transforme sous nos yeux. L’inconfort est partout, du bus aux résidences. L’immondice n’est pas loin. Il est difficile d’y vivre. Mais on s’adapte sans protester.

La question parait simpliste. Cependant, quand on voit la réalité de la déconstruction de la capitale, on se dit qu’il nous faudra une dizaine d’années d’urbanisme méthodique pour sortir de ce grand marasme de l’espace. Durant les années soixante-dix, les quartiers de la capitale n’avaient pas de délimitations ou des frontières. Toutefois, ils étaient caractérisés par une« authenticité » qui les distinguait les uns par rapport aux autres. Entre le Bas-peu-de-Chose et Turgeau, on maintenait dans chaque « camp » une identité. Si Pétion-Ville se dégageait de La Coupe pour sa modernité, Bel-Air avait ses hommes, ses femmes et son architecture. On n’a pas à remonter jusqu’à Elie Lescot pour savoir que c’est sous son règne qu’a été introduit chez nous l’icône de Perpétuel Secours dans l’église qui, avant, s’appelait St François.

L’histoire des quartiers n’est pas encore écrite. Ce serait bien de savoir, au milieu de nos transformations urbaines, comment les quartiers vivaient. Ceci pour bien aborder la reconstruction en tenant compte de la mémoire des lieux.

Les « portails », comme au Moyen-Age, étaient des entrées de la capitale. Et quel dégât aujourd’hui ! Au Sud, l’anarchie du commerce informel, la désarticulation de l’environnement à quelque pas de la mer, les immondices qui nous présentent un magma des plus indescriptibles, les précipitations de passagers qui veulent se rendre à Léogane ou à Petit-Goave dans la plus rude bousculade, la désorganisation des stationnements de véhicules publics entre les mains de particuliers qui veulent faire leur beurre dans l’atmosphère surchargée, la poussière des rues non balayées et la chaleur accablante, c’est un spectacle désolant ! Mais, on semble être tenus de s’y faire ! L’adaptation est une vertu. Sinon, c’est l’irritation et la colère de voir, par exemple, comme illustration d’une vendeuse de bouteilles d’aphrodisiaques, les ébats de deux porcs dans les eaux sales d’un ravin.

Au Nord, c’est l’étalage d’immeubles abandonnés après le tremblement de terre. Entre la pile de fatras non enlevée par le Service de la voirie et les portes noircies d’anciens magasins, tout est possible : le sexe dans l’excès et la proximité du désordre ou de possibles abris des bandits de l’insécurité. Le commerce se mêle de la partie. Ce n’est pas la boue qui empêchera à la marchande de « fritay » du coin de vendre ses bananes pesées et autres marinades. Le minimum d’ordre constaté dans les stations des bus en partance pour Miragoâne est précaire car il n’est pas régulé de façon rationnelle et le poste de police tout proche n’enverra pas un agent pour un coup d’œil dans les bus surchargés de sacs et de passagers. Et vive la cale du bateau négrier !

Ces deux extrêmes de l’insalubrité de la capitale donnent une introduction aux transformations constatées dans les quartiers qui n’ont pas été construits suivant une logique urbanistique. C’est au fil du temps et en regard de contextes politiques précis que Delmas s’est développé et est devenu ce lieu d’une classe moyenne en quête quotidienne d’eau et d’électricité. Si on évoque le Bas-peu-de-Choses, on fera le constat de l’immigration vers des « cieux plus cléments » d’une jeunesse vigoureuse qui avait, les dimanches de carnaval, mis le « Lobodia » dans les rues colorées. Une identité culturelle s’amorçait face à la libre modernité de Pétion-Ville. Ça venait de se renforcer avec « Le peuple s’amuse » du Morne à Tuf. Le tambour réclamait sa place contre le violon de « la haute » !

C’est une histoire connue, la ruée vers Port-au-Prince. Et d’autres attitudes donc du prolétaire urbain qui s’engagerait dans « le salut personnel ». Et là, tout est possible dans de mauvaises manipulations d’énergie. L’accablement et le vacarme viennent ajouter à un environnement déjà brutalisé par une force inconnue de celui qui a vécu dans le calme des résidences durant les années soixante et humé, par des nuits de lune, l’odeur du jasmin de nuit !

Turgeau, Canapé-Vert, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était ! On n’a qu’à se lever la tête pour voir les bidonvilles qui menacent, les vieilles maisons de bois, Gingerbread, écrasées par l’empire des blocs et, « mande di mèt padon », à la prochaine secousse on sera tous encore en colère contre le ciel qui n’épargne pas ses enfants, malgré prières ardentes et jeunes intempestifs, des dites catastrophes naturelles.

Y a-t-il une programmation de la distorsion de notre espace urbain ? Question osée mais urgente, car l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout environnement qui répond à la paix de son esprit. Et les motards ? Et ces véhicules aux moteurs qui grondent ? Et les klaxons des camionnettes ? Et la musique du« Bodègèt » dans de puissants amplificateurs ? Le moins qu’on puisse en dire c’est que la capitale, encore bucolique dans les années soixante-dix, connait des métamorphoses que Frantz Kafka apprendrait à connaître !

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2 commentaires sur “Pierre Clitandre: Qu’en est-il de la Notion de Quartier ? Laisser un commentaire

  1. La littérature donne lieu à la réflexion sur les questions de l’heure. La littérature est un excellent prétexte pour poser les problèmes qui nous habitent. Nous sommes contents de l’intérêt que suscite ce texte dans ta vie.

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  2. C’est un article qui mérite d’être partagé à un plus grand nombre de gens que possible.

    Je trouve que ces choses méritent plus notre aversion, notre colère et notre indignement plus que tout.

    La transformation de nos quartiers en dépotoir, une education qui abêtie de plus en plus nos jeunes; est-ce donc pour cela que nous nous battons? Est-ce donc pour continuer ainsi que nous nous entêtons revendiquer pour le fameux procès du petro-caribe?

    Nous avons trop longtemps clamer pour une vie meilleure, mais je ne crois pas que nous avons toujours exprimer ce nous avions toujours besoin.

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