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Le Législateur Du Parnasse

Nicolas Boileau (mort le 13 mars 1771) est l’un des principaux théoriciens de l’esthétique classique du XVIIe siècle. C’est pour cette raison qu’on le designe encore comme « le législateur du parnasse »

Boileau est le type même de l’homme de lettres. Il a consacré toute son activité, toute son ardeur combative à la littérature et à la défense de son idéal poétique fondé sur la raison et la vérité. Ce sont les dates de publication de ses ouvrages qui jalonnent l’histoire de sa vie.
Une vocation irrésistible
Quinzième enfant d’un greffier au Parlement, Nicolas Boileau naquit à Paris, à côté du Palais de Justice, le 1er novembre 1636. De son vivant et au XVIIIe siècle, on l’appelle généralement Despréaux, du nom d’une terre de famille. L’enfant connaît à peine sa mère, qui meurt en 1638. Il est élevé au Collège d’Harcourt et au Collège de Beauvais (à Paris), étudie la théologie, puis le droit. A vingt ans le voici avocat ; mais, quoiqu’il soit « né d’aïeux avocats » et « fils, frère, oncle, cousin, beau-frère de greffier », le barreau ne le tente pas plus que l’état ecclésiastique. Dès 1653 il écrit des vers, appelé par une vocation irrésistible. A la mort de son père (1657), la modeste aisance que lui assure sa part d’héritage lui permet de satisfaire ses goûts. Son tempérament le porte d’abord vers la poésie satirique.
Le satirique (1657-1668)
La verve satirique ne tarira jamais chez Boileau, mais, dans la première période de sa vie littéraire, il cultive exclusivement ce genre, à l’imitation d’Horace, de Juvénal et, chez nous, de Mathurin Régnier. Il collabore avec Furetière, ainsi que son frère aîné Gilles Boileau, au Chapelain décoiffé, qui paraît en 1665. Ce pamphlet attaque, sous la forme d’une parodie en vers de quelques scènes du Cid, le poète Chapelain (1598-1674), véritable tyran des lettres depuis que Colbert l’avait chargé de désigner les auteurs à pensionner (1663). Boileau fréquente alors le sceptique La Mothe le Vayer, chez qui il rencontre Molière ; il se lie aussi avec La Fontaine, peut-être dans un de ces cabarets littéraires où on le voit souvent, et avec le jeune Racine.
Il conçoit à cette époque son Dialogue des héros de roman, parodie des grands romans précieux dont il n’envisage la publication qu’après la mort de Mlle de Scudéry, « ne voulant pas donner de chagrin à une fille qui, après tout, avait beaucoup de mérite ». En 1666 il donne les Satires I à VII, que suivent en 1668 les Satires VIII et IX. Dès cette date il est célèbre, mais son talent incisif et son franc-parler lui valent bien des inimitiés.
La maturité littéraire (1669-1677)
Cependant Boileau porte plus haut ses ambitions : après les cabarets, le cercle distingue du premier président de Lamoignon ; après la polémique, les ouvrages de doctrine. La Dissertation sur « Joconde », qui paraît (en Hollande) en 1669 contient déjà l’esquisse de son esthétique. Il avait composé cet opuscule en 1664, lors d’une controverse sur l’adaptation du conte l’Arioste par La Fontaine. En 1669, également, Boileau travaille à un Art poétique, inspiré d’Horace, et en fait des lectures ; il entreprend aussi des épîtres, toujours sur le modèle d’Horace. L’Art poétique paraît en 1674, avec les épîtres I à IV et le Traité du Sublime, traduction d’un ouvrage attribué au rhéteur grec Longin (IIIe siècle après J.-C.). Ce recueil de 1674 contient encore une œuvre d’inspiration très différente, Le Lutrin, poème héroï-comique (Chants I à IV). Une cinquième épître est publiée en 1675, et Boileau en compose quatre autres de 1675 à 1677. On voit que cette période est marquée par une intense activité créatrice.
La carrière officielle (1677-1686)
En 1677, Boileau devient avec Racine historiographe du roi. Il entre à l’Académie en 1684. Il a publié en 1683 un nouveau recueil de ses œuvres, enrichi des épîtres VI à IX et des Chants V et VI du Lutrin. En 1685, il achète à Auteuil une propriété dont il immortalisera le jardin dans l’épître XI. Pendant une dizaine d’années, il produit peu, pris par ses occupations officielles et goûtant dans ses loisirs les charmes de la retraite champêtre.
Les dernières luttes (1687-1711)
Mais son ardeur polémique n’était qu’assoupie, un débat littéraire retentissant ne tarde pas à la réveiller : dans la fameuse querelle des Anciens et des Modernes, Boileau s’engage à fond contre les Modernes. Enfin, dans ses dernières années, il rompra des lances avec les jésuites.
Contre les Modernes. Le 27 janvier 1687, pendant la mémorable séance où Charles Perrault fait l’éloge du siècle de Louis le Grand au détriment d’Homère et du siècle d’Auguste, Boileau intervient vivement en faveur des écrivains anciens. Puis il compose des épigrammes et, toujours à l’appui de sa thèse, une Ode pindarique sur la prise de Namur, précédée d’un Discours sur l’Ode (œuvres publiées en 1693), et des Réflexions sur Longin (I-IX, 1694 ; X-XII, 1713). En 1694, Boileau et Perrault se réconcilient sur les instances d’Arnauld. De cette période datent également la Satire X, Sur les Femmes (1694), la Satire XI, Sur l’Honneur (1701), et les épîtres X, à mes vers ; XI, à mon jardinier, et XII Sur l’Amour de Dieu (1698). En 1701, l’auteur donne une nouvelle édition de ses œuvres, précédée d’une importante Préface qui apporte à l’Art poétique un utile complément.
Contre les jésuites. Dans l’épître XII, Boileau avait repris les attaques de Pascal contre certains casuistes qui prétendaient dispenser les hommes de l’obligation d’aimer Dieu. Il s’attira ainsi l’animosité des jésuites du Journal de Trévoux, à qui il répondit par des épigrammes et par la Satire XII, Sur l’équivoque. Mais le P. Le Tellier, confesseur du roi et adversaire farouche des jansénistes, l’empêcha d’obtenir le privilège nécessaire à la publication de cette œuvre, qui ne parut que dans l’édition posthume de 1716.
Ce fut une amère déception pour Boileau, qui, très affaibli depuis plusieurs années, mourut à Paris le 13 mars 1711.
Source : Collection littéraire Lagarde & Michard : XVIIe siècle (Bordas 1964)

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