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Livre et Extrait: Pourquoi Aller manger de la bœuf enragée dans un autre pays?

Dans le but de lancer son nouveau rubrique intitulé « Le Temps du Livre en Extrait » Le Temps Littéraire à l’immense plaisir de vous présenter un fragment de texte tiré du livre « compère général Soleil » œuvre romanesque de Jacques Stephen Alexis publié par Gaston Gallimard en 1955 et qui a frôlé l’illustre prix Goncourt de la même année.

Dialogues entre Docteur Jean Michel et Hilarion:

Vois-tu, Hilarion, c’est parce-que j’aime la vie que je te raconte tout ça. J’aime flâner les mains dans les poches dans cette ville. J’aime nos gens, j’aime ce pays. J’ai des amis qui rêvent de quitter cette terre, mais moi j’en suis fou. J’aime l’odeur de notre terre après la pluie, j’aime sa fraicheur à mes pieds. J’aime les fruits qui sortent de ses entrailles, le maïs boucané, le vin de canne tiède et enivrant, et puis les piments rouges qui piquent le nez et emportent la bouche. Je la veux belle cette terre. J’ai de comprendre pourquoi tant de choses ne vont pas, je crois avoir trouvé ce qu’il faut faire pour la transformer, la rendre, non seulement belle, mais radieuse… Ce sera dur, parce-que nous ne sommes pas nombreux et que les meilleurs d’entre nous sont en prison, ou sont obligés de s’enfuir, ou de se cacher, le découragement prendra certains camarades sans expérience, mais d’autres les remplaceront. Il y en aura peut-être parmi nous qui trahiront, tu as raison sur ce point. Et puis la contre-révolutionnaire connaît une période ascendante un peu partout. La lutte sera dure. Notre groupe est encore comme un petit bébé, il faut lui laisser le temps de grandir. Mais toi Hilarion, toi, tu es un véritable enfant du peuple, un véritable Toma d’Haiti, comment peux-tu parler partir?… Pourquoi aller manger de la bœuf enragée dans un autre pays? Quitter son pays, ç’est pour les riches, ceux qui sont bien, pourvu qu’ils aient un grand hôtel avec bar américain. Mais les autres, nous autres, nous sommes attachés à ce terroir comme nos merveilleuses plantes qui dépérissent et meurent en d’autres climats. Ce qu’il faut faire, c’est balayer notre maison, l’arranger, mettre de la propreté partout… Dehors des piaillements d’enfants emplissaient la rue, Jean Michel se tut. Ah ! Qu’ils sont gueulards, nos gosses d’Haiti avec les jambes trop longues de petits nègres brûlés de soleil, leurs fronts hauts, leurs têtes rases. Ils courent et crient aux quatre vents du soir.

Jacques Stephen Alexis
« Compère Général Soleil »
@letempslitteraire

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