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Deux idées autour de la littérature : Perception et tentative de restituer le réel. Par James Stanley Jean Simon

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Deux idées autour de la littérature : Perception et tentative de restituer le réel

La littérature est, d’abord, une perception, une manière de voir, de sentir le monde. Cela est d’autant plus vrai que les écrivains dans leurs écrits cherchent à transmettre l’esprit du temps. Tout écrivain, à une époque donnée, s’est toujours adonné à cette tâche, cette mission d’ébaucher ou d’ébrecher à travers ses livres le réel. Il ne transmet que sa vision du réel sociétal.

De plus, dire que la littérature peut contribuer à changer le monde, c’est allouer une mission définie à l’oeuvre. C’est considérer la littérature comme une arme. De ce lieu, il s’agit mieux se référer au courant littéraire, à  » la littérature engagée » parcourant divers mouvements littéraires à travers le temps pour mieux comprendre la question.

Au cours du siècle des Lumières, les penseurs à travers leur production littéraire et certains dans leur action se sont attribués cette mission de changer, d’appeler de tout leur vœu un ordre nouveau. Critiquer et montrer la nécessité d’une certaine réforme politico-sociale et morale, en effet, peut à sa façon participer de cette dynamique. L’autre interrogation capitale c’est, comment diffuser les idées réformatrices contenues à travers les livres produites.

Au 18e siècle, les milieux littéraires des salons ont contribué à la diffusion des idées du temps, lesquelles, peu à peu, vont se répercuter dans le corps social. Plus tard, le résultat c’est 1789 qui saute les verrous pourris de houille de cette société « mûr à crever», en France. Il demeure la seule manière que la littérature peut prétendre opérer la réforme du milieu, ou de changer le monde, c’est l’intérêt primordial des œuvres soulignées et leur diffusion à travers le corps social qui peuvent porter ce double objectif de dire et de réforme.

Concédons le littéraire au 18e siècle, c’est plutôt l’affaire de la bourgeoisie française en lutte afin d’imposer son hégémonie face aux groupes sociaux historiques. En effet, la bourgeoisie c’était l’aile la plus aisée du peuple ou du Tiers État qui, au fil des siècles, s’est fortement enrichie en amassant des fortunes colossales. Cette page historique ici présentée c’est afin de souligner que la littérature a été de toujours l’affaire de la bourgeoisie et des éléments de la classe moyenne. Dans le cas strictement haïtien c’est là, une autre question. La question se pose autrement. Car la définition de la notion  » bourgeoisie » pose problème dans le contexte haïtien. Il en est aussi du rôle attribué historiquement aux élites. Jean-Price Mars dans son important ouvrage  » La vocation de l’élite¹ »a noté le complet  » bovarysme de l’élite en Haïti ». Une autre notion qui constitue également un problème et l’on ne peut pas nécessairement mieux cerner dans le contexte national.

Le romantisme c’est, en vue de proposer du nouveau, « faire du neuf », changer le monde qu’il s’est opposé historiquement à la raison classique. De ce lieu-là, ce sont les déchus de la révolution française notamment les fils de l’aristocratie ( Chateaubriand, Musset, Vigny, Lamartine, etc) qui ont été les principaux ténors. Des privilégiés historiques qui ont joué leur rôle d’élite afin de contribuer au changement à l’œuvre.

Il en est de même le cas des surréalistes dont la mission était de participer au changement du monde. Comme je l’ai souligné dans autres textes  » La poésie comme voyage »², ( ©Controverse/ Fleurs et poèmes, 2017)  » À la frontière du littéraire : le fictif et le lyrique »³ (©Potomitan, 2017), l’écrivain, à travers son stylo, acte le monde, peut contribuer à changer son milieu. Il faut dans une certaine mesure la diffusion des idées à l’œuvre dans ses ouvrages. Sans une diffusion réelle de ses idées, le littéraire ne peut passer qu’à côté de la plaque.

Jeudinema, dans un texte « Pot mato » publié de « Gouyad Legede »⁴ (2010) et mis en chanson par BIC, pose la nécessité de l’artiste de faire corps au réel afin d’acter l’impératif du changement. Impliquer l’urgence de déconstruire la ville « pièce par pièce, patiemment, une à une », à travers le réel d’un camion accidenté au sommet du morne Puilboreau c’est poser en témoin responsable, le nécessaire d’un autre pays, d’une autre ville en place de celle balayée par le mémorable séisme du 12 janvier 2010.

Je reprends ici, l’extrait de Wòklò-Stephane SAINTIL, publié dans le magazine «  »Controverse » sous le titre  » JEUDINEMA, yon powèt natif-natal”5. Il affirme ainsi :
« Toujou nan menm lide poze kesyon sou kondiyon lagraba vil la e petèt pou reflechi sou koze rekonstriksyon k ap kleyonnen depi goudougoudou 12 janvye a, Powèt la mande pou n dekonstwi vil la. Li pa mache nan lojik rapyese osnon kolel ak krache a, li mande pito pou n demonte l vis pa vis, pyès pa pyès, konsa n ap rive bati yon lòt vil tounèf” :

«Pot siyameto
Pot biren
Vin ede m demoute vil la
pyès pa pyès

S on vye kanntè
madan sara
Ki fè aksidan nan mòn Pilbowo
Vitès deraye
Fren voltije
Tout kòl kanni
Depi sou prezidan bann machwè(…) »

Pot Mato, paj,42 Gouyad legede

C’est l’un des nombreux exemples dont fleurit la littérature d’Haïti à travers ses plumes à différentes époques ( Jacques Roumain, Jacques S. Alexis, René Philoctete, Frankétienne, Georges Castera fils, Lyonel Trouillot, et d’autres jeunes d’aujourd’hui).

L’artiste a une mission de dire. D’interroger le social, de déconstruire le langage, le social.( Dans le sens de Jacques Derrida). Jouera-t-il sa partition dans le jeu des rapports sociaux à redéfinir? C’est moins qu’un dilemme, le choix à opérer par l’écrivain. Il ne reste au final l’acteur de son choix.

©James Stanley Jean-Simon
Petit-Goâve, Haïti, Novembre 2017

Notes :

JEUDI, Inema: Gouyad Legede , Éditions Ruptures, 2010

JEAN-SIMON, James Stanley: La poésie comme voyage, Controverseshaïti.org, Fleurs et poèmes, 2017

Ibidem: À la frontière du littéraire : le fictif et le lyrique » (©Potomitan, 2017),

PRICE-MARS, Jean: La vocation de l’élite, 1929

SAINTIL, Wòklò-Stephane; dans le magazine «  »Controverse »  » JEUDINEMA, yon powèt natif-natal”

Bibliographie :

James Stanley Jean-Simon est né à Petit-Goâve en 1979. Poète, conteur, nouvelliste, professeur de littérature, il a étudié à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) et le Droit. Ses poèmes, ses contes et articles ont paru dans diverses revues et publications en Haïti et à l’étranger. L’auteur prépare la publication de  » Dekabès » aux USA. Il a déjà publié chez Éditions Pulùcia  » Nyaj dènye sezon » (2016) et « Ti-Jean et le trésor de Fort-Royal » aux Éditions Choucoune (2017) et contribue au magazine littéraire et social Controversehaïti.org et Potomitan et à la revue littéraire  » Boabab » ( Afrique, 2017) et à  » Legs littérature » (2017). Il écrit dans les deux langues du pays.

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