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Quand un jeune nous parle de Littérature et de ses lectures de Gao Xingjiang: Louis Jean Clauvell Junior

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crédit photo: Yousely Louis Jean (Yoozy Photo)

À l’ère où les réseaux sociaux sont de plus en plus présents dans le quotidien de l’homme, et ceci dans tous les domaines, l’on remarque une facilité de production chez ses utilisateurs. Que l’on prenne l’exemple des blogs, où pullulent articles, nouvelles ou poésies. Ou les comptes personnels que certains utilisent pour exposer quelques bribes de leurs écrits. Il est un fait évident, le nombre d’écrivain augmente. Ce qui est un bonheur pour les lecteurs et lectrices qui sont passionnés par la littérature. Mais au rythme ou ça avance, à voir le nombre de personnes qui se prennent pour écrivains et qui disent faire de la littérature, il nous est nécessaire de faire le point là-dessus. Qu’est-ce donc la littérature ? Quelle est sa raison d’être ? Pour essayer de répondre à ces questions, il nous a fallu lire ce discours de l’écrivain chinois Gao Xingjian titré : La raison d’être de la littérature. Discours qu’il prononça lors de la remise du prix Nobel de littérature devant l’académie suédoise le 7 décembre 2000. Ce discours, traduit en français par Noël et Liliane Dutrait, résume ce que peut être la littérature et sa mission. Non pas que les propos de l’auteur soient des paroles d’évangiles_ exempt de critique_ ils ont leurs faiblesses, mais même en envisageant la possibilité qu’ils soient erronés, il est quand même bon de les considérer, car ne dit-on pas que la première étape de toute critique c’est d’abord l’observation ? Observer pour analyser et mieux proposer. Alors en attendant de proposer mieux, considérons ces conseils de Goa, nous qui sommes cette génération d’écrivain qui se profile à l’horizon.

Pour faire ce travail, il nous a fallu extraire quelque fragments dans son discours, histoire de rendre plus claire la démarche que nous proposons ici. Déjà, l’écrivain a tenu à expliquer ce qu’il entend par écrivain. Ce que certains prennent pour un métier, ou d’autres pour un sacerdoce, Gao a tenu lui à le désacraliser, quand il nous dit que :
« L’écrivain est un homme ordinaire, peut-être est-il seulement plus sensible, et les hommes trop sensibles sont toujours plus fragiles. L’écrivain ne s’exprime ni en porte-parole du peuple, ni en incarnation de la justice ; sa voix est forcément faible, cependant c’est précisément la voix de cette sorte d’individu qui est beaucoup plus authentique »

Page 6

Selon cet extrait on voit que pour être écrivain il faut d’abord être un observateur. Observer le quotidien, ensuite être sensible à ce qui nous entoure. Car c’est cette capacité d’observation, et notre sensibilité qui permet d’appréhender la réalité et à la transformer à notre guise. D’ailleurs, toujours selon l’auteur : « C’est la littérature qui permet à l’être humain de conserver sa conscience d’homme »
Page 10

Dès lors qu’on commence à observer, à interpréter la réalité et la mettre par écrit, on commence à s’affirmer, à se transcender, atteignant ce lieu d’éternité qu’est la littérature. Mais que l’on ne se méprenne pas sur le rôle de l’écrivain. Qu’il ne prétend pas être celui qu’il n’est et ne saurait être en aucune façon, car :
« Ce que l’on nomme écrivain n’est rien d’autre qu’un individu qui s’exprime, qui écrit, les autres peuvent l’écouter ou ne pas l’écouter, le lire ou ne pas le lire, l’écrivain ni un héros qui plaide en faveur du peuple, ni une idole qu’on pourrait adorer, c’est encore moins un criminel ou un ennemi du peuple, et si parfois il connait des ennuis à cause de ses œuvres, c’est uniquement parce-que cette exigence vient d’autrui : lorsque le pouvoir a besoin de se fabriquer des ennemis pour détourner l’attention du peuple, l’écrivain devient une victime. Et ce qui est plus malheureux encore, c’est que l’écrivain qui subit ces tourments risque d’imaginer qu’être victime est une grande gloire… »
Page 17-18

Que cette génération d’écrivain qui s’en vient, évite de se faire valoir comme le font en Haïti bon nombres d’écrivains post-duvaliéristes. Attention ! Il ne faut pas tomber dans ce piège d’ « écrivain-martyr » c’est ce que nous exhorte Gao dans son fameux discours. Que celui qui veut passer pour un héros choisisse de rejoindre les forces armées ou qu’il prenne les armes tout simplement. Que les lecteurs ne s’attendent pas non plus à ce que l’écrivain soit porteur d’une révolution, car si la littérature peut être engagée, elle n’est qu’un engagement de l’auteur envers lui-même et sa réalité. Qu’il soit un témoin de son époque. Si son œuvre peut éveiller une conscience collective, c’est bien ! Mais qu’on ne s’attende pas à ce que ça soit toujours le cas, Gao le dit :
« En réalité, les relations entre l’écrivain et le lecteur ne sont rien d’autre qu’une sorte de lien de l’esprit qui s’établit par l’intermédiaire d’une œuvre entre deux ou plusieurs individus qui n’ont pas besoins de se voir ni d’être en relation. La littérature, en tant qu’activité humaine, ne peut faire l’économie de deux actes : lire et écrire, qui sont deux gestes librement consentis. Voilà pourquoi elle n’a aucun devoir envers les masses… »
Page 18

Ce que la littérature est par contre, c’est une façon pour l’écrivain de se préserver, d’éviter de tomber dans le marasme du quotidien. La routine, l’ennui et le conditionnement voilà ce qu’il doit combattre. En voulant faire preuve d’engagement, on freine la créativité :
« La littérature froide est une littérature de fuite pour préserver sa vie, c’est une littérature de sauvegarde spirituelle de soi-même afin d’éviter l’étouffement par la société ; si une nation ne peut admettre cette sorte de littérature non utilitariste, non seulement c’est un malheur pour l’écrivain, mais c’est triste pour cette nation. »
Page 20

Et cette réalité qu’il décrit, s’il faut bien sur faire appel à la stylistique et autres procédés du langage, il n’est pas moins évident que le fond importe sur la forme. Que la théorie n’étouffe pas la créativité. Avis que partage Antoine Compagnon, dans son ouvrage titré « les démons de la théorie ». Ce que ce dernier a élaboré dans un livre, Gao Xingjian le résume en deux lignes :
« La perspicacité de l’écrivain pour saisir la réalité décide de la valeur de l’œuvre et cela, ni les jeux d’écriture ni les techniques de composition ne peuvent le remplacer. »
Page 27

Ce sont d’ailleurs comme à dit l’autre, les hommes qui font les théories et non l’inverse. De plus :
« Si l’on oublie l’homme vivant qui se trouve derrière le langage, les raisonnements d’ordre sémantique peuvent facilement devenir simple jeu intellectuel. »
Page 29

L’écrivain qui se voudra authentique, évitera de faire comme tout le monde, car c’est à travers son authenticité qu’il arrivera à s’imposer, ce petit extra qui lui permettra de transcender les âges. Si l’écrivain choque à travers ses écrits, c’est tout simplement parce que la réalité est choquante. Parce que lui ne fait que reprendre le réel tel qu’il le conçoit :
« L’écrivain n’assume en rien une mission d’éducation morale. Il expose en profondeur les personnages les plus divers qui peuplent l’univers, tout en s’exposant lui-même, y compris son intimité. »
Page27

En présentant le réel, il est clair que l’imagination de l’auteur s’y mêle, mais qu’il sache garder l’équilibre entre les deux, car un soupçon d’imagination de trop peut gâcher l’œuvre en le rendant superficielle ou tout simplement sans intérêt pour l’écrivain ainsi que son lecteur :
« Evidemment, la littérature recourt également à l’imagination. Mais ce voyage de l’esprit ne consiste pas à dire n’importe quoi ; l’imagination coupée des sentiments réels, s’éloignant des bases de l’expérience de la vie pour aller vers la fiction, ne peut-être que sans force.une œuvre qui ne convainc pas son auteur lui-même ne pourra toucher le lecteur. »
Page 28

Pour finir, Gao Xingjian a tenu à donner ce conseil à ceux qui pensent qu’il n’y a plus rien à dire, que l’authenticité ferait défaut, et que nous jeunes écrivains, sommes venus trop tard dans un monde trop vieux. Tout n’a pas encore été dit, les sujets sont là, la réalité ne cesse d’évoluer. D’où son raisonnement :
« L’écrivain n’est pas un démiurge, il ne peut pas détruire ce monde, même s’il est ancien. Il ne peut pas non plus construire un monde idéal, même si le monde actuel est tellement étrange et impossible à comprendre, mais il ne peut plus ou moins se livrer à une expression nouvelle ; là où les anciens ont déjà dit, il y a encore des choses à dire, il peut aussi commencer à s’exprimer là où les anciens se sont arrêtés. »
Page 31

Tout en nous encourageant de continuer à produire, il nous exhorte à ne pas prendre la littérature comme un moyen de changer sa condition financière. La littérature a été et restera une chose de l’esprit, la commercialiser, la rendre rentable tue le travail de consécration et du même coup la passion d’écrire. Pour faire simple, que celui qui se veut écrivain cherche autre chose pouvant assurer sa survie tout en continuant à produire œuvre qui vaille la peine d’être lu :
« Lorsque l’on ne considère pas la littérature comme un gagne-pain, mais que l’on écrit de manière à en tirer du plaisir et à oublier pourquoi on écrit et pour qui on écrit, l’écriture devient indispensable…la liberté de création n’est ni une faveur ni une chose que l’on peut acheter, elle vient avant tout d’un besoin intérieur de l’écrivain lui-même. »

Il a fallu que je lise ce discours pour me rendre compte que la littérature ne saurait être du showbiz, ni un domaine qu’on choisit pour gagner de l’argent. Mais elle passion, affirmation de soi et consécration. Jeunes écrivains de la génération montante, il y a encore tant à dire, alors tout en essayant d’appliquer les conseils de l’ainé, à vos plumes !

Louis Jean Clauvell Junior.

propos recueillis par: Roberto Louis Charles, journaliste Littéraire

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